les Origines IV

Autre abordage consacré

Les rites piaculaires (ascétiques ou expiatoires)

Piaculaire ? est-ce que j'ai une gueule de piaculaire ? Peuvent pas parler comme tout le monde ces sociologues... Ethymologiquement : "expiatoire"

 Bon en gros, le collectif s'étiole sans les individus qui le composent, d'où l'intérêt de revitaliser l'appartenance au totem commun par des rituels réguliers. Mais aussi pour mieux relancer ce processus il faut symboliser la menace de l'étiolement communautaire par des frayeurs mythiques. Ainsi les cérémonies de la saison des pluies, renouveau de la nature, mais en fait renouveau symbolique du collectif, est précédé de l'attente angoissée de cette délivrance durant la saison sèche et aride. C'est à dire ce qui risque de se produire si le collectif n'arrive pas à se refonder (dessèchement du collectif).

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 Et si la saison sèche n'existe pas pour symboliser cet assèchement spirituel, aussi bien on l'invente à travers le carême ou le ramadan par exemples. C'est la traversée du désert avec le retour aux mythes païens impies, le déluge, etc.. Les films catastrophes sont ainsi la mythologie moderne scientifique. Une catastrophe s'y annonce. Un savant brillant, mais iconoclaste, connaît la solution, et se heurte aux institutions scientifiques établies. C'est sa traversée du désert, mais il se bat avec acharnement, et on finit in-extrèmis à l'écouter devant l'inefficacité des conceptions classiques. La terre est sauvée et tout le monde exulte de joie et tombe dans les bras les uns des autres : La communauté scientifique déchirée se réunifie dans l'allégresse. Ouf !... C'est aussi l'histoire des sciences, où tout nouveau concept est d'abord rejeté et vilipendé avant d'emporter l'adhésion commune et générale. Quand on vous dit que la science fonctionne comme les religions, communautairement parlant !

C'est l'empire du mal, du malin et des forces obscures qui menacent la cohésion du groupe et sa pérennité in fine.

Bien, là la place manque pour faire un tour exhaustif du piaculaire lié au mythe de la désintégration sociale dûe au manque de ferveur collective.

Alors vite fait c'est quoi ? A chaque fois qu'on évoque un dysfonctionnement social pouvant provoquer son délitement, du pervers du coin, les boucs émissaires étrangers, au réchauffement climatique, on évoque la désintégration sociale en fait. Non que le pervers ou le réchauffement n'existent pas, mais par exemple nos enfants ont énormément plus de risques d'être victimes d'accident de la circulation que d'un pervers, mais la charge symbolique pour le collectif dans la transgression d'un tabou y est plus forte. Le message est avant tout "Attention à ne pas transgresser les tabous qui forment le ciment de notre communauté""c'est abominablement condamnable : Et voyez donc ce qu'il advient alors" ce n'est pas tant l'enfant qui est bousillé, que la sérénité du collectif dans ses capacités à transmettre ses valeurs aux futures générations sans les compromettre. (Houlà, ça fume dans la cambuse, vite un seau d'eau pour refroidir tout ça moussaillon).

crise-euro-zone-merkel--hollandeChômage, perspectives économiques écologiques , etc. qui ont leurs réalités intrin-secs, mais aussi une charge symbolique et métaphorique quand aux mythes fondateurs de la collectivité. La difficulté consiste à bien séparer les deux niveaux de lecture : Le fait réel et ses enjeux réels, et sa charge émotionnelle symbolique pour la cohésion sociale mythologiquement structurée.

Tout ce qui est de l'ordre du dysfonctionnement y renvoie : Dans un monde cohérent, où la cohésion sociale serait "sans faute" s'entend, tout devrait tourner rond. Donc (!?) le moindre accroc est potentiellement symbole de dysfonctionnement religieux, d'où l'idée de cantonner le mal à des causes extérieures à la communauté qui lui échappent et atteignent les individus au cas par cas sans en affecter le tout. La personne atteinte par l'accroc maléfique est plus ou moins pestiférée, et ne peut rejoindre la communauté que par des rituels purificateurs individualisés : C'est alors l'affaire des confesseurs, exorcistes, mages, rebouteux, médecins, psy. (censés exorcisés eux même), d'extirper individuellement le mal en chacun, mal individuel donc épargnant le collectif. Ach ! Quid des licenciements collectifs... mais promis juré, chaque cas sera traité individuellement, ce ne sera plus un problème collectif menaçant la cohésion commune.

A l'extérieur peut aussi s'exprimer comme à l'extérieur de la communauté par externalisation de la "faute", soi par la création de boucs émissaires, soit mieux encore par l'instauration d'un ennemi héréditaire (rival économique, communisme, Islam, etc.).

 Rituels négatifs ou positifs ?

Mais les rites acétiques dits "négatifs" finissent par faire rituels "positifs" : Ainsi faire carême ou Ramadan, c'est se purifier pour s'attacher la mansuétude des Dieux afin qu'ils protègent le groupe. C'est sensé amener le collectif sur le chemin de la rédemption, la régénérescence ainsi. Expiatoires, on vous dit.

Les cultes modernes ne se veulent plus du tout cycliques en théorie. En pratique ils le restent, puisque les rituels y restent cycliques. Mais l'idéologie repose sur l'idée d'un seul cycle contrairement aux croyances d'origine : Il y eut un début (la genèse), et il y aura une fin apocalyptique et définitive amenant à la résurrection collective au paradis (saison des pluies, d'abondance métaphorique toujours).

Et cette théologie place la vie et l'humanité dans l'entre deux, c'est à dire en pleine saison sèche : Nous sommes sur terre pour faire notre deuil du paradis perdu : Son retour, la saison des pluies, c'est pour après l'apocalypse !

Durkheim insistait sur l'importance de l'effervescence, voir folie, dans les rituels de régénération collective. Et cette effervescence fait un peu défaut dans les cultes modernes. Et c'est logique : Car ces cultes nagent en pleine ambivalence.

En effet leurs rituels ont pour fonction intrinsèque de revitaliser le collectif (généralement dans la joie du retour de la saison des pluies-régénérescence du totem), mais parallèlement dénient tout retour positif (Cf. la pluie) dans le monde terrestre : Le mal est sur terre, le bien est dans l'au-delà. (très Cathare tout ça). Donc il n'y a pas à fêter prématurément un retour de la pluie non prévu en soi ici et maintenant.

Ce en quoi, plus on ferait carême sur terre, plus on aurait de chance de retrouver la pluie régénératrice dans un autre monde. A ce petit jeu désopilant, le puritanisme protestant est le champion, et le pire est que ça marche : Ainsi le travail, ou dur labeur, est le signe d'une traversée du désert qui sera d'autant plus "productive" que réalisée aridement (avec le plus grand sérieux et le minimum de joie).

 Accessoirement les retombées positives de ce travail acharné sont vécus comme de simples encouragements divins : Ce ne sont tant les conséquences d'un sérieux labeur, mais un simple avant goût de ce que sera l'au-delà si on continue ainsi. Il y a même un ascétisme au second degré dedans : Normalement la foi doit apporter joie et réconfort, mais ce serait du paradis avant l'heure, à proscrire donc... Il est de bon ton de douter, c'est à dire de se priver de la béatitude jouissive d'une foi sans faille. Le désenchantement n'est pas tant une conséquence de la démystification du sacré par la science, qu'un accomplissement piaculaire ultime. Et de fait la science n'est qu'une épreuve expiatoire de plus dans le parcours aride du croyant : Sa foi est d'autant plus méritoire ainsi.

Soyons iconoclastes jusqu'au bout : L'athéisme puritain serait même une hypertrophie de cette logique, à la limite plus de foi du tout, plus de paradis in fine. Sauf qu'évidemment que reste-t-il à l'humain comme perspective paradisiaque : Le bonheur de vivre ici et maintenant, du moins le plus vite possible, et là ça n'est plus très ascétique. Heureusement, quand on n'a pas encore bien digéré sa culture judéo-chrétienne on peut rester dans un ascétisme puritain du style : "la vie est une absurdité sans destinée, dont joies et peines ne sont que des avatars insignifiants". La faute à expier n'existe pas, soit, mais nous devons assumer le non sens intrin-sec de la vie, dû à l'ivresse initiale du Monstre. Argh ! ça c'est de l'ascétisme, on explose le concept de détachement bouddhiste.

Deuil :

Précisons le concept : Un bon nombre de rites "piaculaires" sont liés aux rituels de deuil. Le deuil est le prototype de l'affaiblissement de la communauté par amputation d'un de ses membres : Un seul être nous manque et tout s'étiole autour de nous, mais surtout cela devient le symbole de l'étiolement social. Les rituels sont ainsi de l'ordre de l'expiation. Aucune faute en soi, mais quelque part il nous faut quand même le signifier clairement : Les membres du groupe se doivent de réaffirmer que personne ne souhaitait cette disparition d'une partie de l'âme du groupe dont un de ses membres était habité. Les défauts du défunt sont ainsi gommés, ou excusés, au profit de ses grandes qualités sociales (l'au raison du plus mort est toujours la meilleure). Ce qui est célébré c'est avant tout la nécessité de souscrire à la solidarité de groupe. Un membre du groupe disparaît, mais le groupe resserre ses liens à cette occasion en célébrant cette nécessité : Les repas d'enterrement commencent généralement dans la tristesse due à la disparition de l'être cher, mais finissent dans l'alégresse de la communauté ainsi refondée par la ritualisation du deuil. Au fond célébrer le deuil individuel est célébrer le deuil du collectif par avance pour paradoxalement conjurer sa mort annoncée.

Au fond la "faute" originelle serait celle de laisser tomber le collectif, et le culte ascétique consiste essentiellement à démontrer et redémontrer que chacun est près à se sacrifier pour lui. En général il suffit de signifier "évidemment" en rajoutant aussitôt "si le besoin s'en faisait sentir". Mais bien entendu le dire est un peu facile, il faut donc le démontrer concrêtement. Mais aussi il faut bien une bonne raison à cela, et quoi de mieux qu'une bonne menace bien réelle dans le concrêt. Aussi on peut sérieusement se poser la question si la crise ou la menace n'est pas bien souvent imaginaire ou grossie, voir même fabriquée de toute pièce (mythe des périodes apocalyptiques), afin de servir de prétexte à réaffirmer l'attachement de chacun au groupe ?

En période d'abondance (cf. saison des pluies... on n'en sort pas), la solidarité de groupe n'a pas tant à être affirmée puisque par définition le totem se porte bien "tout seul", par l'effervescence de la société que chacun célèbre dans la joie : Il est alors facile de se réclamer d'un totem qui nous comble, et les rituels "positifs" ne sont pas tant une charge, que surtout très largement compensés par les supposées retombées positives du totem pour chacun. Mais l'angoisse collective saisit alors le collectif : "Et si c'était moins prolifiquement facile serions nous toujours prêts à célébrer notre totem en nous sacrifiant pour lui ?". La meilleure façon de le savoir est de se confronter à la situation soit en l'imaginant, soit de façon plus convaincante en nous confrontant avec une situation réelle de traversée du désert. On se lance des défis absurdes en se fabriquant masochiquement des obstacles à surmonter, et parfois plutôt que de s'autoflageller on demande à un clan voisin de le faire pour nous en en faisant notre ennemi. Auquel cas d'ailleurs on revoit ici l'externalisation d'un désir masochiste communautaire par la création d'un ennemi nécessairement sadique (hier les communistes, aujourd'hui les musulmans, demain les chinois ? etc.). Où encore une fois une des fonctions essentielles des rites claniques, piaculaires ici, est externalisée paranoïaquement sur "l'autre", sans en assumer notre propre volonté masochiste, en en niant ainsi son inconsciente nécessité préssupposée.

D'où la question : Les crises sont-elles vraiment si réelles que cela ? Ou ne sont-elles qu'une mise en scène artificielle inconsciente de nos angoisses collectives de délitement social ?

L'impérieuse nécessité de l'ascétisme est-elle toujours de l'ordre rationnel, ou idéologique ?

Notons ici toute l'ambiguité de certains sociologues à la solde de l'économie et des politiques. Pour eux puisque le piaculaire "marche" si bien économiquement et politiquement, autant adouber cette idéologie telle qu'elle : " - plutôt que d'essayer d'en promouvoir une nouvelle, aléatoire, dont on ne connaît les effets à terme" (Cf. communisme, rationalisme, etc.) -.

En fait, ils ne croient pas en cette théologie "acétique" de base, mais croient en leur capacité idéologique à engager une "bonne" dynamique sociale au vu des résultats : C'est une croyance au second degré, et un conservatisme idéologique.

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Ainsi dans la crise économique que nous traversons, il est bon de travailler stoïquement à rétablir les équilibres "naturels" sans rien attendre en retour dans l'immédiat... voir même à terme : émergences de nouvelles puissances économiques entre temps, amenant une raréfactions des matières premières accrues, et l'accélération des cataclysmes écologiques... Une vie définitivement ascétique, quoi...

En gros les cultes modernes ne nous proposent qu'aridité et stoïcisme sur terre... Enfin pas tout à fait : On a droit à quelques menus plaisirs, mais de façon quasi hygiénique : Il faut bien entretenir le moral pour supporter l'épreuve de cette vie d'acèse.

Tout ce qui est de l'ordre du sacrifice expiatoire demandé aux ouailles en fait partie : Jusqu'au sacrifice de sa vie... Heureusement qu'il y a des étrangers pour expier à notre place : externalisation de la faute oblige.

La guerre, le djahad, les sacrifices humains, souvent sur fond de racisme de caste, ne sont en sorte que des rituels de réaffirmation que cette vie n'est qu'assèchement inintérressant en regard de la prolifique suivante.

L'humain primitif était habité par l'âme de son collectif qui refondait le lien par l'exaltation, le moderne refonde le lien sur l'abnégation expiatoire. Les politiques cherchent systématiquement à remettre du réenchantement dans leur politique en suivant les principes de Durkheim sur l'exaltation sociale consacrée, et je dirais tant mieux ; Néanmoins ils sous estiment les potentialités des cultes expiatoires en cela (quoi qu'ils arrivent aussi très bien à nous le faire valoir après élection : je vous ai appâsté avec la terre promise, mais il y a la traversée du désert auparavant).

Bon à ce point je me fais néo-durkheimien : Promettre la saison des pluies dans l'au-delà signifierait en soi que la refondation de la communauté humaine ne serait pas pour ce monde, mais pour un autre. Bon, évidemment tout ceci n'est que de l'ordre du métaphorique, les différents plans d'existences sont ceux du profane et du sacré bien entendu, néanmoins ça a son importance idéologique, non négligeable en soi.

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La vie terrestre c'est le profane aride et désenchanté, et l' "au-delà" ne se situe pas dans un après mythique, mais bel et bien dans un "ici & maintenant", mais à un niveau collectif transcendé : La collectivité humaine n'a jamais été aussi dynamique qu'actuellement, quoiqu'à double vitesse et tranchant. La bonne santé de l'humanité réclamerait ainsi que les humains s'angoissent pour se contraindre. Mais tout ceci fonctionne sur un mode purement sensible, intuitif evec toutes ses dérives, et pas très rationnel quand à son implantation dans le réel. On peut même parfois se demander si le réel ne fonctionne pas souvent comme une construction essentiellement imaginaire pour l'humain, au moins au niveau économique et social.

L'humanité aurait pris la place de Dieu dans sa toute puissance sur ce qui l'entoure : On n'a jamais dit qu'être tout puissant était forcément bénéfique et évident en soi quand on manque à ce point d'omniscience et de claivoyance.

 En résumé, méfions nous des prétextes à sacrifices nécessaires sur fond de catastrophisme pas toujours très clairs rationnellement. Ce n'est peut-être qu'expiation d'une faute imaginaire.

V perdu ? la carte aux trésors :. . . . . . . . . . . . . . . . . . . Râmen.

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