Origine de la paranoïa religieuse

 Et ces conceptions paranoïdes s'imposent à toutes les religions, y compris laïques.

 Dans le totémisme australien, dans le clan du totem du kangourou, les membres du clan se considèrent comme habités par l'âme du kangourou qu'ils vénèrent. Mais pour être des kangourous et régénérer kangourou_1leur âme kangourou en tant que telle, il leur faut sacrifier un animal régulièrement pour l'ingérer ensemble et réintrojecter ainsi cette âme en eux collectivement.

 Problème : Tuer leur animal fétiche est tabou... Aie !

 Il faut donc que des membres d'autres clans, non soumis à ce tabou le tue pour eux et leur offre en pitance, à charge de revanche. En somme le polythéisme australien offre un échange de bons procédés réciproques à chaque groupe cultuel, et cela est admis comme tel.

 Dans les cultes "officiels" modernes, les cultes se pratiquent sous forme de pensée unique, excluant de toute autre religion - même si des schismes peuvent apparaître entre diverses communautés du même groupe, les chrétiens se vivent néanmoins comme globalement chrétiens, et les musulmans comme globalement musulmans, soumis aux même tabous fondamentaux donc - .

 Les tabous essentiels restent donc tabous pour tous, et la transgression du tabou, fusse par un autre culte, y est vécu comme une vilenie en soi.

 Prenons le christ en exemple. Sans son sacrifice initial son culte n'aurait pu se développerChrist_Crucifixion : C'est le point central du développement du culte. En même temps, il était tabou pour les premiers chrétiens d'immoler leur propre représentation de dieu, quoique Judas, "le traître", y ait participé. Il fallut donc bien le concours des impies juifs et romains pour mener à bien cette basse besogne pour que le culte prenne naissance et se perpétue.

 Sauf que cette transgression du tabou par les autres clans, qui est considérée comme allant de soi, et nécessaire, chez les australiens, est vécu comme une vilenie par les cultes modernes. Le concours des impies y est donc vécu de façon paranoïaque : L'autre, l'étranger au culte y est affublé du rôle du méchant, plutôt que de celui d'assistant normal et nécessaire.

 La responsabilité de la communauté, qui appelle de ces voeux cette participation exogène à la fondation du culte, est en sorte déniée dans sa légitime nécessité en diabolisant cette nécessité intrinsèque en faute externe au groupe. En ce sens le judaïsme, dans le mythe sacrificel du fils d'Abraham transmuté métaphoriquement en sacrifice d'un mouton, assume cette responsabilité nécessaire au culte.

 Ce qu'oubient les religions modernes, c'est donc le coté métaphorique du rôle du méchant, qui devrait donc être traité à la façon d'une mise en scène théatralisée, plus qu'à prendre au pied de la lettre.

 La lecture dogmatique du rôle du méchant est donc la première perversion du sens profond de la nécessité sacrificielle exogène par les clans étrangers. Au fond, l'étranger cultuel est nécessaire à la ritualisation du culte, donc le polythéisme est en soi nécessaire en celà, et sans diabolisation outrancière des autres cultes.

 Cette négation du rôle positif de la transgression exogène du tabou (qui n'en est pas une puisque exogène) en la diabolisant sclérose le collectif par son coté paranoïaque. Et bien évidemment cette sclérose est attribuée non à cette négation, mais au rôle maléfique de l'autre initiant ainsi un cercle vicieux mortifère, car paranoïaque.

Un culte mortifère : Le patriotisme

 Les conséquences mortifères de cette négation se trouve parfaitement illustrées par le culte patriotique des nations en Europe, qui trouva sa conclusion logique dans le suicide collectif européen perpétré lors des deux premières guerres mondiales.Alsace

 La cohésion des nations s'y est ainsi bâtie sur l'idée que le méchant c'était l'étranger qu'il faut combattre. Pour créer cette cohésion face aux dissensions internes dues à la négation de la responsabilité sacrifficielle, le parti pris systématique y fut de se trouver des menaces externes à combattre.

Deux exemples :

 La France républicaine assuma ses dissensions internes avec brio, mais de façon un tantinet exacerbée. Elles ne fit donc que répondre aux agressions des autres nations patriotes. Les visées expantionistes en Europe ne furent l'objet que de ses empereurs, pas des républicains. Ceci dit il est difficille de ne pas sombrer dans la folie collective quand elle survient, et la France ne fut pas la dernière en matière de patriotisme.

 L'allemagne, morcelée au départ, et profondément divisée entre catholiques au sud et protestants au nord, ne batit son unité que sur un patriotisme exacerbé occultant ainsi ses dissentions internes.

Un culte plutôt réussi : La démocratie.

 En démocratie, différents clans politiques s'affrontent.

 Il est plutôt tabou de critiquer les valeurs essentielles de son propre camp : son totem en sorte.

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 Par contre les camps adverses, non soumis au même tabou, tentent par tous les moyens d'abattre son idéologie, ses totems en somme. Ce faisant le tabou ainsi brisé permet au clan attaqué, non seulement de défendre son totem en réaffirmant les valeurs afférentes à son totem, mais aussi à la marge de "digérer" par ingestion du totem ainsi abattu les critiques pertinentes des camps adverses, amenant une revitalisation par actualisation de ses propres valeurs qui perdraient de leur vigueur si d'autres ne l'avaient tué en l'égratignant de leurs critiques.

 La communion digestive n'est possible que par la mort du totem opérée par le clan adverse. Et, de fait, c'est la tribu démocratique dans son ensemble qui se trouve globalement revitalisée, par la vigueur générés par ces mises à mort rituelles respectives des totems de chaque clan.

 En fait, chaque totem a besoin d'être tué régulièrement, et alternativement, pour renaître chacun de ses cendres tel le phoenix. C'est pouquoi la démocratie est condamnée à l'alternance politique, et l'on voit bien combien une démocratie telle que la Russie se sclérose dans le népotisme de parti par le manque d'alternance.



Voyons ceci sous un autre angle.

Le culte du renouveau de la nature

 Les aborigènes australiens célèbrent la revitalisation de la nature à la saison des pluies, nous c'est à Pâques ou à Noël (Pâques au printemps et Noël est la fête du ralongement des journées).

 Mais à y regarder de plus près, c'est d'une autre revitalisation dont il est question. En même temps les cérémonies ritualisent la communion du clan qui se revitalisent en ingérant son totem, et y associent également les rituels initiatiques des jeunes générations : Qui eux marquent la revitalisation du clan par l'apport de "sang neuf" en son sein. En sorte le culte de la revitalisation de la nature n'est que la métaphore du culte porté à lui-même dans ses valeurs régénératrices du groupe.

 Mais on peut aussi dire que si la saison des pluies marque le renouveau de la nature, c'est bien par rapport à un autre élément qui est son dépérissement durant la saison sèche : Qui symbolise le dépérissement du groupe par déperdition de foi en la collectivité.

 Toujours la même symbolique : le totem doit dépérir pour renaître de ces cendres, soit bien Phoenixmourir pour être ainsi offert à la communion du clan (se nourrir de l'animal totem est sensé avoir des vertus régénératrice sur la population de l'animal totem, et les-dits animaux prospèrent effectivement à l'arrivée de la saison des pluies après le rituel, ça tombe bien CQFD). Aussi ce rituel a quelques variantes instructives : Dans le clan de la chrYsalide, le rituel du renouveau de la nature est remplacé par celui de la transmutation de chrysalide en Papillon, où la thématique de la transformation du totem y est plus explicite : Soit la chrysalide disparait pour laisser place au papillon, mais en fait il s'agit d'une transmutation. Remarquons que cela se retrouve dans les rituels initiatiques, où les jeunes gens passent de l'enfance à l'age adulte, mais au delà on peut y voir la métaphore du totem : ce n'est pas tant une régénération du sang (âme) du totem, qu'un apport de sang " neuf ", nouveau, inédit.

 La saison sèche est donc tout aussi essentielle au culte que l'arrivée de la saison des pluies. Si elle n'existait pas il faudrait l'inventer. Et c'est ce qu'il se fait dans l'instauration des rites du carême ou du ramadan, les mythes de traversée du désert, du déluge par exemples, ou sous diverses formes dans les oppositions des forces du bien (régénérant) et du mal (délitant le lien social : Démons vs dieux), ying et yang, les cycles de vies et de morts (mariages, naissances, initiations, décés), de l'alternance politique, etc..

 De fait la saison sèche représente le dépérissement du totem, c'est à dire le délitement du groupe dans le repliement de ses membres sur eux mêmes ; la symbolique extrème de cet assèchement est la mort. Mort que l'on retrouve dans les rituels sacrificiels (Jésus, mouton, rites précolombien) où l'on voit que la mort est un élément essentiel à la "renaissance" du totem. Bon, la mort peut n'être que symbolique dans le rituel heureusement.

 Autre exemple de culte réussi :

Le culte du sport

 Un culte appuyé est célébré à chaque équipe sportive par ses propres supporters. L'intérêt est ici que le culte est totalement absurde, mais fonde et refonde quand même chaque clan. Un peu à la manière des clans totémiques. L'intérêt n'est pas tant dans le totem, qui peut n'être qu'un oiseau insignifiant, ou un végétal même pas commestible : Il n'a de valeur que dans le fait que tous s'identifient dans le totem commun fondant ainsi la communauté. Une équipe faible peut même s'enorgueillir de s'être bien défendu face à une forte malgré la défaite : L'important est de défendre ensemble ses couleurs (totémiques) et non tant de gagner. Marquer un simple point est une victoire en soi. et comme toujours une période sèche (sans point) est nécessaire à la revitalisation apportée par la survenue de quelques points ultérieurs. Perdant ou gagnant, ce qui importe est plus la célébration du sport tribal donc, en tant que culte fédérateur, que du culte de l'équipe clanique supportée.

 Au Bouthan des concours rituels de tirs à l'arc sont organisés entre communautés villageoises au printemps. Celle qui remporte le concours est sensée bénéficier de meilleures récoltes pour l'année à venir. C'est tellement important qu'on n'hésite pas à tricher en mettant des chiffons imbibés de menstrues dans les arbres couvrant le chemin d'accès des équipes concurentes, pour affaiblir leurs chances. Alors on ne sait si les gagnants bénéficient de meilleures récoltes, mais une chose est sûre : la communauté gagnante est fière d'avoir gagnée, et chacun de ses membres se revendique de ce clan avec d'autant plus de ferveur ; La revitalisation du clan est au moins assurée à défaut de revitalisation de la nature.

 Le Bouthan envoie une équipe d'archers aux jeux olympiques, et certains prétendent que les enjeux qu'ils y mettent est d'une autre nature que les autres équipes... Mais est-ce si sûr que cela ?


 bouc émissaireC'est aussi toute la difficulté des cultes "totalitaires" qui estime pouvoir se passer des autres cultes, car se suffisant prétenduement totalement à eux même, mais en niant le rôle de bouc-émissaire qu'ils font jouer aux autres cultes dans leur culte malgré tout.

 Le principal problème qu'ils posent c'est que s'ils s'estiment (induement nous l'avons vu) autosuffisants, ils estiment que leur foi est la seule valable, et à ce titre doit s'imposer à tous.

 Ce n'est d'ailleurs pas une obligation de convertir par la force dans leurs textes fondateurs, au contraire, néanmoins leur paranoïa intrinsèque vise à diaboliser tout autre forme de croyance (qui ne respecte pas leurs tabous), et donc à imposer à tous leurs croyances de facto. Elles sont tellement paranos, qu'elles se font la guerre en interne pour des détails d'interprétation de la foi auxquels personne ne comprend la nuance bien souvent.

 Et trop souvent, leur seule façon de se ressouder est de retourner cette agressivité suicidaire vers des boucs émissaires externes.

 La guerre sainte est donc intrinsèquement en germe dans leur concept "universaliste". Quand j'entends universalisme, je sors tout de suite mon flingue pour me défendre... L'universalisme devrait s'entendre dans le sens où tout un chacun se reconnaîtrait spontanément dans une valeur sans autre forme d'incitation. Mais ne rêvons pas, l'universalisme tourne vite fait au "nos valeurs sont universelles et ont vocation à s'imposer naturellement - avec un petit coup de pouce pour les récalcitrants  ! -"

 Nota Bene : J'inclus dans cette paranoïa religieuse tous les cultes totalitaires y compris politiques (d'obédience militariste, communiste, fasciste, nationaliste, etc.) : Par exemple l'occident a à peine perdu son bouc émissaire préféré, les soviétiques, qu'aussitôt il faille qu'il s'en trouve un autre, les musulmans.

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 A la limite quand ces cultes "totalitarisants" seront vraiment moribonds, on sera peut-être tenté de les sauver comme l'ours blanc, ou les cultes des peuples amazoniens ou aborigènes... Mais à bien y réfléchir : Non... Pas la peine de s'escrimer à sauver des cultes aussi nocivement égocentriques : Enfin on tente bien de sauver les requins, et Monstre sait que ce ne sont des bestioles franchement sympathiques.

 Quelle est la différence entre une religion "respectable" ou non ? Prenons la politique, qui est une forme de religion nous l'avons vu : 

 En démocratie tout parti politique est libre de s'exprimer. Sauf que certains envisagent assez sérieusement d'empêcher leurs concurrents de s'exprimer lorsqu'ils accéderont au pouvoir. Le dilemme démocrate est de se prémunir de ce genre de sectarisme sans y tomber elle même : Interdire les partis à tendances totalitaires...

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 Mais qui doit définir ces "mauvaises" tendances ? Alors on peut sanctionner au coup par coup certains propos menaçants, mais la meilleure défense n'est pas tant l'interdiction (qui renverrait à l'inquisition) que l'explication de texte sur les dérives les plus évidentes de ces "anti-démocrates".

 La censure sur la critique du régime, l'inquisition sur une bonne ligne de pensée sociale à respecter, les croisades pour soumettre les voisins à son idéologie, etc sont autant de signes d'un ostracisme politique sectaire, Et en miroir toute tendance religieuse qui imiterait ce qu'on ne veux pas voir en politique est à priori toxique.



En résumé

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  • La première folie et absurdité en matière religieuse et sociale consiste à nier la nécessité absolue de la diversité dans la différence, et surtout celle de ne pas souscrire tous aux mêmes tabous intellectuels... (Ce qui scérose les capacités de régénérescences de chaque clan, qui se replient derrière une pensée unique autour de leur totem qu'ils défendent bec et ongles... qui aurait donc néanmoins besoin de dépérir pour renaître de ses cendres afin d'être réintrojecté positivement dans le collectif.)
  • En découle la seconde absurdité qui consiste à prendre au pied de la lettre le tabou de critique sacrificielle du totem, en l'imposant aux autres clans, plutôt que prendre cette critique exogène comme un élément essentiel et nécessaire au culte. A diaboliser le rôle du méchant, le faire de façon littérale plutôt que de façon métaphorique théâtralisée et vécue comme telle.

La négation de ces deux nécessités cultuelles entraîne nécessairement toutes les dérives paranoïaques des cultes, y compris sociaux, entre eux et en leur sein.

Maintenant, ce que nous en apprend le Monstre Spaghettien Volant dans sa dernière cuite scientiste ne peut absolument pas être remis en cause sous peine de nous voir condamnés à l'enfer pastafarien : Bière éventée, strippers vérolés, et produit hight-techs d'importation terrestre. Ce serait terrible...


De la difficulté du Pastafarisme

Nous pouvons donc mieux apprécier ainsi les enjeux du Pastafarisme.

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L'étrangeté de notre culte, pourtant si évident, chatouillent les autres cultes quant à leurs propres étrangetés. Ce chatouillement sacrificiel et nécessaire à leur bonne santé  a malheureusement tendance à réveiller leur parano naturelle.

Il ne serait donc pas mauvais de leur repréciser de temps à autre que nous ne tenons pas vraiment à les faire mourrir lithéralement de rire. Que nous ne faisons que stimuler par la chatouille la chrysalide de leurs meilleurs cotés pour les aider à s'extirtper de leur cocon paranoïaque (tiré de l'initiation du clan du papillon, dit effet papaillon).

La difficulté majeure réside précisément dans la propention paranoïaque de ces congrégations à diaboliser toute critique exogène, qui tenderait à nous cantonner au rôle du "méchant" de façon littérale. D'où la difficulté de ne pas sombrer, mousaillons, dans ce rôle littéral qu'ils voudraient nous imposer.

N.B. Les points sur les "i" : Il s'agit pour nous, à la foi_ de ne pas abonder dans le rejet sectaire de ces congrégations qui nous diabolisent (et de leur part et de la nôtre en retour aussi donc), mais tout en restant aussi dans le nécessaire aspect critique sacrificiel de leurs dogmes paranoïaques. Mais cet aspect doit rester au plan métaphorique et ludique : on se doit de réafirmer constamment que la critique ne vise pas tant à démolir les autres congrégations par la critique qu'à les débarrasser de leurs travers sectaires paranoïaques absurdes. Ce qui ne peut que les bonnifier en les ressourçant ainsi.

Et l'évesmisme peut-il être critiqué en retour ?

Et puis quoi encore ? Comment pourrait-on arriver à trouver une critique face à un tel concept de pureté incommensurable ? Enfin s'il y en a qui ont du temps à perdre, pourquoi pas ?

Les impies croyants en de fausses idoles nous disent qu'ils nous servent à tester notre tolérance, (c'est l'hôpital qui se fout de la charité), et nos prétentions à nous croire tout droit sorti de la cuisse de la Licorne Rose Invisible. Les mécréants veulent se rendre indispensables auprès de nous en critiquant notre indulgence coupable auprès de cultes aux mythes étranges autant qu'improbables (étranges... vous avez dit étranges ?). Ce qui nous permet effectivement de constater combien nos croyances sont incroyablement plus solides que les leurs, car en vérité je vous le dis, nous avons raison et ils ont tous tords, et notre foi se nourrit de chaque piqure de ces moucherons... Yarghh ! Non mais !...

Ceci doit-il être pris au sens littéral, cher Monstre ?...

V perdu ? la carte aux trésors :. . . . . . . . . . . . . . . . . . . Râmen.

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