Les Origines II

Identités collectives et individuelles

Une des fonctions premières du totémisme est d'assurer l'interdiction de l'inceste en imposant qu'on ne puissent de marier dans le même culte totémique. Plus qu'un interdit d'inceste, c'est aussi un interdit de communion d'esprit dans le couple. En effet un membre du clan du kangourou à une äme de kangourou qu'il partagerait symbiotiquement avec tous les autres membres du clan. Se mariant avec un membre du clan du serpent (par exemple) ils ne partageront plus la même âme. D'où, les tribus sont nécessairement formée de plusieurs clans formant des familles nécessairement composites de plusieurs cultes totémiques et d' "âmes" complémentaires.

Il semblerait au premier abord que les membres d'un clan, étant tous possédés par l'âme d'un totem commun, aient donc une âme individuelle identique. Mais malgré les apparences extérieures il n'en est rien, quoi qu'il feignent d'adopter les même coutumes et habitudes de vie.

Car chaque individu interprète l'âme totémique collective qui l'habite à sa façon : son âme individuelle est donc une déclinaison de l'âme collective, et non tant cette dernière de façon brute.

Un totem n'est ainsi jamais unique, il se décline en multiples sous totems. Le totem du serpent aura pour sous totem tout ce dont il se nourrit, mais aussi les endroits qu'il fréquente, ainsi que tout ce qui peut le rappeler par analogie : l'anguille qui serpente dans l'eau, l'eau même qui ondule  en serpentant autour des obstacles qu'elle rencontre, le dauphin qui ondule dans l'eau, et la lune (le soleil c'est le feu, la lune est son oposée qui l'éteint : l'eau).

Où l'on voit que les sous totems se déclinent par analogie. Tous les gri-gris et images du totem associés qui ornent les objets appartenant au clan sont eux-même habités par l'âme du totem en en étant une déclinaison. Jusqu'aux individus appartenant au clan, qui sont parfois tatoués rituellement à l'image du totem qui les habite,  comme en sont marqués leurs objets.

L'individu est donc un sous totem en soi,  une partie du totem en tant que déclinaison de lui. Déclinaison au même titre que l'anguille, l'eau, la lune, etc. Ce qui veut dire que l'individu n'est pas le totem en lui-même bien qu'habité par son âme, mais est simplement une partie de lui dont l'addition des parties forme le tout totémique.

Il n'y a donc pas indistinction du totem avec l'individu, ni même indistinction entre les individus, chaque partie bien qu'habitée par le tout, n'est pas le tout mais une partie du tout dont il se distingue ainsi. et chaque partie est différente d'une autre, car appelée à s'imbriquer à d'autres parties complémentaires pour former le tout. (ça suit dans le fond?)

Il n 'y a donc pas d'indifférenciation totalement symbiotique dans un clan totémique, qui au contraire a besoin de toutes les composantes complémentaires du totem pour former le tout.

Par ailleurs Durkheim faisait remarquer qu'aucun sous totem n'était commun à deux totems, mais que par contre en faisant la somme de tous les totems et sous totems d'une tribu, on avait représenté la totalité de l'univers connu de la tribu, formant en somme une sorte de cosmologie du monde connu. 

En gros, les différences complémentaires des indiviçdualités et sous totems sont indispensables à former le tout clanique, lui même indispensable dans sa différence rédibitoire avec les clans voisins à former un tout tribal reformant la cosmologie complète de toutes les connaissances.

Le système totémique, qui est la forme prototypique de toute société, est donc bati sur la notion de déclinaisons et différentiation complémentaires, définissant un tabou incestueux génétique mais autant et surtout  symbiotique entre les différentes âmes individuelles et les différentes âmes totemiques ; ceci tant entre totems différents qu'entre individus d'un même totem.

 Tout cela est typique d'une culture orale, où chacun entend bien ce qu'il veut bien entendre lors de son initiation totémique : Le filtre de la perception personnelle fait office de différentiateur d'âmes individuelles néanmoins investies par une âme collective commune lors de l'initiation.

Avec le passage à l'écrit les choses se compliquent.

Le filtre de la perception personnelle des choses, peut être constamment corrigée en revenant à la lettre du texte initiatique. D'où l'écrit fige les contrats individuels avec l'âme totémique collective dans un modèle qui tend vers l'uniformisation des âmes individuelles, et tout un chacun peut-être rappelé à l'ordre de la lettre à chaque instant. D'ailleurs dans la culture populaire le malin tente toujours de s'accaparer les âmes en leur faisant signer un contrat écrit et irrévocable. En somme l'écrit est la mort de l'âme* qui en tombe prisonnière. 

* L'âme est insaisissable par définition, en la fixant on la tue.

D'où les sociétés scripturales ont tendances à se faire symbiotiques dans leur façon de penser unique, en obérant fortement les chances de l'âme Totemique à se régénérer en la fixant, ainsi que celle de ses ouailles.

 Comment dire autrement ?

Dans une tribu, les gens du clan du serpent auront tendance à contourner les difficultées comme l'eau. Un quidanm d'un totem plus "solaire" aura tendance au contraire à s'imposer aux difficultés avec toute la "puissance" de son totem. le clan du kangourou sautera au dessus des obstacles, des fourmis à travailler de concert, etc. . 

Toutes ces postures rassemblées forment ensemble toutes les postures possibles face à un problème... et il y en aura bien une ou deux dans le tas succeptibles d'être adaptées à un problème inédit se présentant à la tribu. La diversité de points de vue est donc un plus dans la résolution des problèmes inédits. La variabilité de l'âme est ainsi une nécessité face à la variabilité des problèmes.

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Voyons l'objet ci contre :  --->

l'observateur de face verra un carré et le traitera comme tel.

L'observateur de profil verra un triangle et agira de même.

L'observateur du desoous verra un cercle, idem.

L'appréhention correcte de l'objet observé ne pourra se faire que par la mise en commun des expériences individuelles contradictoires. et une pensée unique sera un handicap certain.

L'adaptabilité de chaque point de vue personnel, rigidifié dans sa position, est fonction du respect de la vision de l'autre comme nécessairement complémentaire à la sienne. (ouf ! on y est)

Officialisations politiques des cultes :

Si l'écrit appauvrit l'âme collective en standardisant l'âme individuelle, un second éccueil du même ordre guette notre âme collective : L'intronisation d'un culte unique.

Déjà, nous avons vu que les totems avaient besoin de complémentarité sacrificielles pour se régénérer et perdurer. Mais en plus ici, non seulement les âmes individuelles tendent à se standardiser par l'écrit comme base initiatique, affectant la nécessaire insaisissabilité de l'âme tant collectective qu'individuelle, mais cette âme collective clanique se retrouve tantôt devenir le seul modèle à l'exclusion de tout autre modèle des autres totems erradiqués.

En sorte, l'âme de la collectivité se fige de plus en plus dans un modèle unique et intangible, rigide et inflexible, codifié et désormais dépourvue de la fluidité qui est pourtant la spécificité première de l'âme normalement.

Reprenons l'historique des deux grandes religions .

1/  La chrétienté est devenue religion d'état au 4 ème siècle, au moment même ou l'église grava dans le marbre la version définitive des évangiles. C'est à partir de ce moment que l'empire Romain, auparavant polythéiste, déclina et que l'occident s'enfonça dans le moyen age. Notons au passage qu'en même temps il y eut shisme entre catholicisme et orthodoxie, comme s'il n'était possible d'instaurer un culte unique que si un double existait ailleurs : Cf. Shisme Sunnite - Chiite pour les musulmans.

Mais l'unicité n'alla pas de soi, la chrétienté a toujours eut tendance à générer des théologies alternatives qui, soit furent absorbées par la papauté, soit furent durement réprimées (cathares et autres). L'introjection des savoirs islamiques et bizantins, aux XIV XVe siècles, offra une bouffée d'air pur, qui initia la renaissance puis le shisme définitif avec le protestantisme.

Le protestantisme se définit avant tout comme la liberté pour chacun d'interpréter les textes à sa façon, en d'autres termes à l'âme individuelle d'interpréter l'âme collective à sa façon.

Tout à coup les âmes collectives et individuelles retrouvaient la fluidité, l'insaisissabilité qui leur étaient nécessaires à leur épanouissement, et l'occident repartit de l'avant. 

Notons que le protestantisme ne fut pas le seul gagnant, dans le fond le catholicisme redevenait un culte parmis la multitude, et pour ne pas disparaître dû mettre de l'eau dans son vin quand aux vélléités des fidèles à prendre quelques libertés avec les dogmes.

Ceci dit, la liberté d'interprétation est à double tranchant : Ainsi quand on croit ce qu'il est imposé de croire, on n'est pas responsable des erreurs d'interprétation éventuelles à la face de Dieu, Mais la liberté d'interprétation implique une responsabilité personnelle dans les erreurs d'interprétation. d'où une propention à interpréter le moins possible en restant scotché à la lettre du texte.

Aussi paradoxalement, le protestantisme se révèlera-t-il plus réducteur pour l'âme collective qui pataugera dans le puritanisme.

Néanmoins, les brèches ouvertes dans la liberté de penser "les choses" par soi même, finiront par faire émerger la science, et de là un retour de l'affirmation de l'agnosticisme et l'athéisme (qui ont toujours existé en catimini).

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La boucle est ainsi bouclée : Le réinvestissement individuel libre de l'âme collective va jusqu'à la négation des valeurs mêmes du totem christique commun. Enfin en apparence car la culture, comprise athée, y reste judéo-chrétienne, et par ailleurs le christianisme ne fait plus tant totem commun que le sécularisme politique qui se substitue à lui comme valeur totémique de remplacement. : En somme la laïcité est la nouvelle religion dominante, mais qui reconnait le libre investissement de quasiment toutes les autres religions.

Nous sommes donc presque revenus au point de départ avec différents cultes totémiques à investir individuellement librement, et sans doute même de façon plus souple encore.

2/  L'islam :

Dans un premier temps, l'islam conquérant ne craignait pas les cultures qu'il asservissait, et ainsi incorpora les savoirs des civilisations conquises à ses propres connaissances : orthodoxes, juives, grecques, égyptiennes, assyriennes, perses et même hindoues. Ce fut l'age d'or de l'Islam classique. Ensuite vinrent les croisades et les invasions mongoles qui initièrent une nouvelle défiance envers les cultures exogènes, et un repli de l'Islam sur ses propres valeurs. Mais cela signa le début du lent déclin de l'Islam.

Non seulement, mais les faits historiques sur la genèse du coran démentent son histoire officielle. Il appert que le coran aurait-été éllaboré progressivement à partir d'un proto Islam du VIIe siècle. Ellaboration qui serait intervenue entre le VIIIe et XIe siècle. Il semblerait que l'autorité des califes arabes, notamment juridique à travers la morale religieuse qui la soutendait, était alors très informelle, et n'arrivait pas à s'imposer aux peuples conquis dont la morale religieuse était bien rodée rhétoriquement. Ainsi, de discutions en discutions thélogiques avec les "infidèles", serait apparu progressivement un corpus théologique islamique en réponse. Et qui n'aurait-été définivement arrêté qu'au XIe siècle à travers le texte officiel du Coran, qui aurait alors un caractère grandement mythologique tant dans son contenu que dans l'histoire de sa genèse (Voir, ou pas..., notre article "Charlie Hebdo" et cette "exégèse" historique.)

Toujours est-il que c'est vers le XIe siècle que les écrits de l'Islam auraient été "gravés dans le marbre" qui lui permit par ailleurs, de s'imposer politiquement justifiant les conversions plus ou moins forcées : Intimidations, et fiscalité avantageuse.

En gros, l'islam serait aussi devenue religion d'état à l'époque même de la genèse définitive de ses textes, tout comme le catholicisme, avec les mêmes effets sclérosants, c'est aussi le début de la fin de la grande période de l'Islam classique, qui n'aurait dû en fait son dynamisme que dans la diversité des cutures et des cultes en son sein alors.

V perdu ? la carte aux trésors :. . . . . . . . . . . . . . . . . . . Râmen.

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