Les origines V

Nous avons mis à la fin la vedette de l'absurdité religieuse.

La superstion

la mythologie rituelle :

Lorsque les aborigènes font leur danse de la pluie pour la faire venir (juste avant la saison des pluies, ça tombe bien), arrive de temps à autre que la nature fasse quelque caprice en retardant un peu la-dite saison.

 Comme nous l'avons vu précedemment, les rituels ont pour fonction réelle de revitaliser la communauté, et absolument pas de faire tomber la pluie : Le renouveau de la nature n'est que la méthaphore rituelle du renouveau communautaire.

 Néanmoins, il faut bien que la métaphore du culte reste vraisemblable, pour garder au moins un semblant de justification rituelle. Comme nous l'avons vu précédemment, c'est le début des dérives cultuelles quand elles tentent rester "à la lettre" du culte, sans plus garder de distance allégorique.

 Nos aborigènes ne se démontent pas pour autant : S'il y a retard (ou avance) par rapport aux timings rituels, c'est normal : Il y a bien dû y avoir quelques maléfices perturbateurs externes qui expliquent le décalage. Rien de grave, et cela ne vaut d'ailleurs généralement même pas la peine de conjurer ces maléfices, car les choses reviennent très vite naturellement dans l'ordre en général.

 Mais quand même, parfois une variation climatique importante peut amener une sécheresse qui retarde régulièrement, fortement et donc dangereusement la saison des pluies. Dans les sociétés modernes la saison sèche qui perdure peut prendre l'aspect d'une crise sociale ou économique.

Confusion des genres entre mythes et réalités

 Même si le culte est métaphorique en soi, il est quand même vaguement lié à la réalité : La bonne santé du totem animalier ou céréalier symbolisant le groupe, est fonction d'une météo clémente. Aussi la bonne santé du groupe est-elle fonction de la santé de la nature qui le nourrit, et est tout autant fonction de la météo : Où la métaphore télescope parfois la réalité. En psychologie la pire menace sur l'équilibre psychique se matérialise quand un problème de nature fantasmatique télescope une parfaite illustration dans la réalité, annihilant alors la barrière entre réel et imaginaire... L'esprit peut alors basculer dans la folie. Le pendant sociologique advient lorsque le monde sacré immatériel télescopoe sa parfaite illustration dans le monde concrêt, profane ; et où donc la folie collective peut alors prendre le pas sur le bon sens.

 Ainsi les Aztèques avait une légende sacrée qui disait que leur monde s'effondrerait quand le Dieu barbu Quetzalcoatl reviendrait sur terre. Or les Espagnols étaient des êtres étranges sortis d'on ne sait où, et barbus (les indigènes ont fort peu de poils), ce qui explique que quelques centaines d'hommes ait pu venir à bout d'un peuple fortement structuré et militarisé de 20 millions d'âmes : Où quand le sacré télecope sa parfaite illustration profane, 

 En cas de perturbations climatiques dangereusement récurrente, se pose alors sérieusement la question des "maléfices" externes, et la façon de les éradiquer.

 Là, nous allons nous faire plus rationnels dans l'analyse : Une crise écologique ou économique remettant en cause les équilibres sociaux établis (qui garantissent normalement sa part à chacun) risque bel et bien de faire imploser la société. Et c'est la viabilité du groupe qui est alors réellement en jeu. La métaphore du totem en perdition est alors le reflet exact de la réalité sociale en la télescopant.

 Néanmoins, cette métaphore a ses limites quand on aborde la question des maléfices supposés le mettre à mal. Si aucune solution rationnelles ne se fait jour, la question du maléfice irrationnel est sensé trouver une solution magique où la rationalité a échoué.

 Rationnellement, l'entreprise est vouée à l'échec quand aux causes matérielles et économiques réelles de la crise sociale, mais elle peut encore faire illusion un temps sur la cohésion sociale. Rechercher les causes mytiques de la "crise", et les méthodes d'exorcismes efficaces en regard, le temps d'incubation de ces remèdes, tout ceci est propre à occuper les esprits qui sinon seraient en proie à un désaroi incontrôlable et déstructurant. Bref, cette quête mythique peut maintenir l'équilibre social encore un temps.

 Mais dans cette dynamique la superstition change de nature. La nature primitive de la malédiction superstitieuse n'est que pure métaphore justificative des aléas rituels : entre leur justification parabolique d'un coté, et rapport à un concret chafouin de l'autre qui se dérobe parfois à la justification (Cf. : Saison des pluies légèrement en retard sur la ritualisation du culte).

 Dans une crise majeure, la malédiction superstitieuse tend à transformer l'explication purement métaphorique initiale. Laquelle, rappelons le encore, n'est qu'une "explication" mythique du décalage avec la réalité, sans pour autant qu'il soit nécessaire de mettre à l'épreuve cette théorie, tant le coté éphémère de ce décalage se rattrape de lui même. Elle se transforme donc alors comme reccours pseudo-effectif d'action sur le concret dans la crise (télescopage réel-imaginaire, ou sacré-profane)

Transgression du tabou séparant profane et sacré

 Or ce qui est de l'ordre du sacré se définit précisément par son insolubilité rédhibitoire dans le concret, qui est de l'ordre du profane. Et le tabou primordial en est donc ainsi la totale séparation entre le sacré (domaine religieux) et le profane (domaine concrêt). Il apparait que ce tabou vise justement à éviter les télescopages du réel avec l'imaginaire décrits précédemment, et les dérapages afférents.

(Soit dit en passant la laïcité ne fait que remettre ce tabou à l'ordre du jour)

 En empiétant sur les causes concrètes et profanes d'un problème, lié à la réalité de la crise traversée, la supertition transgresse ce tabou fondamental faisant télescopage.

 Durkheim disait que la superstition était de l'ordre du maraboutisme, qui s'occupait des malédictions à titre individuel ne touchant donc pas le champ religieux collectif lui. Mais nous ne sommes pas tout à fait d'accord : Cantonner la malédiction au domaine personnel permet surtout d'établir un cordon sanitaire autour du collectif (domaine du sacré), qui ne pourrait ainsi pas être "contaminé" par une action concrête et profane sur la malédiction cantonée alors au niveau individuel (profane). Mais cette prévention distingue bien ce qui est sacré (collectif) du profane (individuel), et donc rentre bien dans la définition de ce qui est sacré, par défaut soit, mais quand même.

 En d'autres termes, mélanger les superstitions, justificatives et allégoriques, des aléas rituels avec les réalités matérielles des crises, relève de la transgression du tabou de mélanger le sacré et le profane.

Chassez la transgression par la porte, elle revient par la fenêtre.

 Aussi, la superstition est à l'origine des déviations du culte ascétique (voir ci avant). Les Gremlins, sensés perturber le bon ordre des choses et expliquer ces perturbations, tendent à devenir des forces maléfiques en soi. C'est à l'origine donc de toute conception des malédictions, du diable et de l'enfer. Dans certains cultes on offre autant d'offrandes aux dieux qu'aux démons pour les satisfaire et les calmer.

 Mais donc au delà la notion même de péché en soi en découle. La notion de péché tend à nous donner l'illusion que le "mauvais sort" ne tient pas tant à l'humeur des dieux et démons que de notre pleine et entière responsabilité.  

 Cette abord est voisin de la notion psychologique de toute puissance : Si les choses tournent mal, il est plus angoissant de penser que nous n'y pouvons rien, plutôt que de penser que c'est de notre "faute". Si nous y sommes pour quelque chose, c'est donc que nous pouvons redresser la barre en faisant pénitence, alors que si nous n'y sommes pour rien nous devenons les jouets d'un destin persécuteur sur lequel nous n'avons aucune prise. Ainsi les victimes d'agressions tendent à se culpabiliser pour garder l'illusion qu'elles restent maîtres de leur destinée, et pourraient éviter la reproduction de l'agression en faisant pénitence (psychologiquement). Ce qui ne veut dire que chacun ne puisse tirer enseignement rationnel des expériences, afin de mieux y faire face ultérieurement. Mais il s'agit là d'une autre disposition irrationnelle inconsciente des victimes, pour préserver leur intégrité psychologique. Le phénomène se transpose tel que, dans les appréciations collectives des menaces à la perpétuation du groupe en tant que tel.

 Ce qui pose d'ailleurs problème à certains cultes laïcs : Tant qu'on reste dans l'idolatrie des vedettes de la culture populaire, chacun fait plus ou moins la différence entre concrêt et idolatrie superticieuse, mais dès qu'on entre dans le champ des cultes politiques, voir rationalistes, la marge entre les deux domaines se fait plus floue.

 Ces derniers cultes prétendent ne s'occuper que des aspects concrets de la vie, mais ne dédaignent pas surfer sur des superstitions, peurs et angoisses irrationnelles : communautarismes, idéologies totalitaires ou tabous économiques (on ne touche pas aux idéologies quasi théocratiques des systèmes financiers, marxistes, voir théocratiques dans certains pays)... Où rester scotché à la lettre des principes sacralisés relève plus de la superstition que de l'approche pragmatique des problèmes.

 Aussi ceci est délicat, tant oeuvrer sur le lien social et ses valeurs, c'est nécessairement toucher au sacré sociétal par définition.



 

 Comment dès lors séparer ce qui relève d'une approche pragmatique, ou de valeurs sociétales plus irrationnellement identitaires... le profane du sacré en la matière ?

 La laïcité même est affaire de lien social et ne saurait totalement séparer les deux. Le mariage homosexuel, l'avortement, l'euthanasie sont à la limite, mais tout autant une vision strictement libérale de la société, ou une vision plus solidaire de la politique. Il y a là de quoi mener quelques "croisades" idéologiques.

 Il est toujours possible d'aborder ces sujets d'un point de vue purement pratique, mais l'idéologie soustend toujours peu ou prou l'argumentaire émotionnel quasi irrationnel de ces questions.

 Comment résoudre la quadrature du cercle dans cette optique ?

 Une sorte de "psychanalyse" du collectif d'un point de vue sociologique en retravaillant sans cesse les idéologies qui le traversent s'avère indispensable.

 Une question centrale demeure : Mais qui doit donc s'en charger ? Les média sont eux trop impliqués à la fois politiquement, que surtout financièrement par "audimat" interposé ; Où la tentation est forte de traiter les sujets par l'émotionnel irrationnel pour faire du chiffre. 

 Les politiques sont évidemment trop impliqués... mais pourraient néanmoins déléguer à une instance neutre, composée de chercheurs et techniciens reconnus de tous bords (psychanalystes, sociologues, philosophes, avec quota à déterminer) tant la neutralité est une pure vision de l'esprit en la matière.

 Cette instance indépendante devrait avoir l'assentiment de la plupart des politiques de par leur "technicité sociale". on peut imaginer que les grands partis se mettent d'accord sur la probité de la plupart de ces spécialistes, et que par ailleurs cette instance soit complétée par des personnalités plus engagées politiquement pour "animer" la controverse. On peut même imaginer que certains de ces spécialistes "engagés" soient élus par les citoyens... Car si les grands partis politiques peuvent choisir de concert des spécialistes à peu près neutres, ou du moins faire une cuisine interne (tant de spécialistes proches de tel courant , tant de tel ou tel autre), aussi bien il serait bon qu'une partie de ces derniers aient l'assentiment du peuple ; Ceci pour redresser un équilibre qui lui semblerait faussé dans le choix des élus, car tendant à évincer une partie de ses préoccupations profondes.

 Il y aurait sans doute des surprises. Sans doute, un certain nombre de "travailleurs" ne tiennent ainsi pas vraiment voir les marxistes arriver concrètement au pouvoir "profane", mais verraient d'un bon oeil qu'ils aient plus de choses à dire sur les dérives du capitalisme. Idem de la part de "croyants" qui ne tiennent pas plus que ça à voir des religieux se préoccuper de la bonne marche de la société, mais aimeraient néanmoins que leur éthique religieuse ait une tribune politique sans pouvoir réel. Idem pour les rationalistes, écologistes, etc..

 En somme il y aurait les politiques élus pour leur savoir faire concret d'un coté, et ceux qui le seraient pour travailler idéologiquement les grandes visions idéales, voir utopiques, qui animent la société.

 Reprécisons la mission de cette instance : Sûrement pas d'agir concrètement au niveau politique dans laquelle elle n'exercerait aucun pouvoir concret. Sa mission ne serait juste que de revitaliser le débat sociétal en y apportant ses avis plus ou moins éclairés sur les idéologies qui le traversent : une sorte de conseil des sages qui laisserait néanmoins le politique totalement libre de se passer de ses avis.

 L'intérêt présumé serait de l'investir des cotés idéologiques sociétaux irrationnels pour mieux les décrypter et les éclairer. De fait si des politiques investissent trop l'irrationnel, ce conseil des "sages" * pourrait le pointer en démontant les ressorts idéologiques par trop incertains.

Bref en endossant l'idéologie, quasi théologique dans sa sacralisation idéaliste, ça soulagerait la politique de sa théologie qui risquerait alors de se faire retoquer, et la ramènerait aux cotés plus terre à terre et profanes de la prise en charge sociale.

 *  Mais je serais tenté de dire aussi des "non-sages" dans l'iconoclastie espérée des modes de pensée dominants, car n'étant investis d'aucun pouvoir concrêt, ils n'auraient rien à prouver concrêtement, mais se devraient de pointer du doigt l'irrationnalité politique lorsqu'elle dérape.

Mais plus évidemment à terme, la meilleure approche serait d'inclure la sociologie au cursus d'apprentissage des jeunes générations, et pas seulement des élites, mais de tous. Ce faisant un fort effet de surprise risque d'en dérouter plus d'un, et une période de transition "électorale" permettrait de familiariser la population à ce type d'approche. Nonobstant si les jeunes sont mis au parfum les "ancien risque d'en être écartés pour un bon bout de temps, et il ne conviendrait pas dans un processus de transition que les parents voient leur autorité remise en cause par un déclassement de leurs connaissance en la matière.

Enfin soyons clair diverses approches subjetives du sujet peuvent se faire jours et la meilleure façon d'assimiler ces savoirs reste quand même de garder un esprit critique. Et la meilleure façon de le garder est de voir diverses tendances être publiquement débattues : Que chacun puissent investir le point de vue qui lui convienne, tout en sachant que d'autres alternatives existent. Cf.: voir ci avant le chapitre sur l'identité collective et individuelle à ce propos.

 Bon, cet abord politique mérite un approfondissement à part > ICI < ou pas...

V perdu ? la carte aux trésors :. . . . . . . . . . . . . . . . . . . Râmen.

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