Les Origines III

Un autre angle ? ... Pour abonder dans l'intérêt qu'il peut y avoir à multiplier les points de vue, nous ne resterons pas manichéistes ne stigmatisant qu'un seul aspect négatif dans les dérives totémistes. Les dérives peuvent être de plusieurs ordres, aussi bien une seule dérive provoquera des effets marginaux, mais si plusieures se potentialisent les unes les autres les effets se montreront autrement dévastateurs. Aussi l'histoire tend à nous démontrer qu'il y a un effet domino, où quand une dérive se met en place, elle a tendance à générerer les autres en tant qu'auto-justification.

Allons donc... 

Mythologies religieuses ou idéologisme : 

 Pour cimenter toute communauté, il faut un totem. Mais un totem ne s'investit que par ses qualités quasi magiques de ciment social précisément.

Cette "magie" s'illustre dans la mythologie attachée au totem.

Humains du clan de la licorne . . .

Licorneux

 Prenons le clan du kangourou (j'aime bien ce clan plein de ressorts), son idéologie veut que chaque membre du clan soit habité par l'âme du grand ancêtre mi-humain mi-kangourou. Alors là, c'est idiot à priori : Toute mythologie a un arrière plan métaphorique sans lequel elle ne tient pas.

 La valeur essentielle de cette mythologie réside dans l'idée que chacun participe d'une âme commune, et que l'anéantissement de cette âme commune signerait l'anéantissement de la communauté. Point.

 D'où, il est impératif que chacun participe aux rituels de revitalisation de cette âme commune.

 C'est la croyance primordiale de toute communauté constituée.

 On notera que la valeur accordée à l'âme en question n'a aucune espèce d'importance : Une âme de kangourou ?!?  Le clan voisin a d'ailleurs une âme de perroquet, et l'autre une âme de serpent... Débile !

 L'âme n'a qu'une qualité en elle même, c'est d'être commune : Peu importe qu'elle soit de kangourou, perroquet ou serpent, mais on pourrait dire aussi juive, chrétienne, musulmane, française, allemande, communiste, ou démocrate.

. . . . . . Chien du clan des pirates

chien pasta

 Là on s'insurgerait volontiers, être chrétien, musulman, athée, démocrate ou communiste, ce n'est pas pareil. Oui, comme dire qu' "être kangourou ou perroquet soit pareil" provoquerait des réactions indignées dans les deux communautés. Les valeurs intrinsèques de chaque communauté sont sacrées et ne peuvent absolument pas être remises en cause en étant assimilées à celles de  leurs voisines : " Ah ! C'est autre chose tout de même ! ".

Ah ! Là, je sens que ça coince.

 Bon je concède que la rationalisation des croyances dans les cultes modernes a fini quand même par dégager des valeurs philosophiques réelles et différenciées au sein de ces différents cultes.

 Néanmoins, ceci continue de se passer à deux niveaux distincts :

  •  Le premier est que de toute façon l'âme d'un collectif se doit d'être rédhibitoirement insoluble dans celle de sa voisine, et peu importe alors la teneur de cette âme (kangourou, perroquet, chrétienne, ou communiste :. On notera que juifs et chrétiens sont sensé honorer le même dieu, et avoir quelques valeurs communes, mais chacun des groupes est d'accord pour dire qu'il est fondamentalement différent de l'autre et qu'on ne peut les confondre.)
  •  Le second réside dans ce que la rationalisation philosophique de ces différences a fini par produire du sens à la limite de la pertinence. A la limite, parce que ces philosophies restent plus prétextes à différentiation que réalités intrinsèques. Ainsi où sont "l'amour du prochain" et "tendre l'autre joue" dans l'inquisition (1), les croisades chrétiennes (2) ou chez les conquistadores esclavagistes ? Où est "le paradis prolétarien" dans le communisme ? (3)"Le pouvoir des électeurs" qui se dilue dans le pouvoir de la finance dans les démocraties ? (4)

 La fonction essentielle de l'âme est de former une communauté, et ses prétextes philosophiques volent en éclats devant la nécessite de la communauté à rester unie face aux menaces supposées (voir ci-après). (1) Ici les théologies iconoclastes risquait de faire éclater la chrétienté ; (2) Là, l'Islam empèchait les chrétiens d'aller faire leurs rituels de revitalisation de la foi à Jérusalem (pèlerinage sacré) ; (3) Là encore, le doute sur l'adhésion des masses à l'idéal communiste lui fait assujettir les masses plutôt que de les libérer ; (4) Enfin la démocratie ne tient que par l'intérêt individuel à sa sécurité matérielle, subordonnée à la bonne santé économique, et se vend donc à ses "spécialistes" présupposés ; etc...

Et là, tu la sens bien ma  charité chrétienne ? 

Gallonio-tortures-1591

 En somme, les prétextes philosophiques ne tiennent jamais dès lors que le spectre du délitement communautaire apparaît à l'horizon. 

 Nous en revenons donc aux cotés illusoires et métaphoriques des mythologies attachées à l'édification des totems, idéologies dira-t-on pour les cultes modernes.

 L'important est dans la métaphore, le symbolique.

 Reprenons le rituel de célébration du retour de la saison des pluies. "Rationnellement" les aborigènes disent initier le renouveau de la nature, par des danses de la pluie par exemple, qui va permettre à leur totem (animalier ou céréalier généralement) de reprospèrer et de se reproduire, de se revitaliser en somme. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Oh oui, c'est bon ! encore !

 En fait ils n'initient évidemment rien du tout de ce coté : ça se fait tout seul. Par contre ils initient bien le renouveau communautaire, à travers sa revitalisation par ces rituels de revitalisation de la nature. En somme le totem, non tant comme animal ou céréale mais comme symbole du ciment communautaire, se trouve bien revitalisé.

 Bref, l'animal ou la céréale totem ne doivent pas être pris au premier degré, mais en tant que pure métaphore du ciment communautaire en lui même.

 Mais dirions nous, il en est de même pour toute idéologismes formant totem pour une communauté moderne. Derrière les apparentes raisons de leurs rituels sensés célébrer leurs valeurs, il faut décrypter ce qui est de l'ordre de la raison première et profonde de leur nécessité : La cohésion sociale à travers la métaphore de ses totems.

 Par exemple, je suis pastafarien : J'adhère totalement à un totem qui est le dieu Monstre en Spaghetti Volant. Mais en même temps je ne crois pas un seul instant à la réalité matérielle de sa présence, me concentrant sur sa pure valeur symbolique. Il n'est que pure métaphore totémique d'une communauté qui se méfie de tout dogme préétabli et gravé dans le marbre. En même temps il a un but et une idéologie, "Combattre folies et absurdités religieuses", mais aussi bien cette idéologie se dissout en elle même : "combattre folies et absurdités religieuses" ne mène-t-il pas tout droit à des croisades fanatiques qu'il dénonce au départ ?

 Aussi, le prétexte philosophique à former totem se mord la queue, et se dissout de lui-même ne laissant place qu'à la pure métaphore totémique facétieuse formant néanmoins communauté.

Pastafarian_Blessing_by_Ifig

 Je suis toujours aussi émerveillé devant la pureté inaltérable de ce totem absolu. J'en fais trop ? Un peu que j'en fais trop et heureusement. Trop peu, et ça pourrait rentrer dans un concept philosophique prétexte à totémisation pure et dure, niant son métaphorisme. La métaphore n'est pleinement explicite que si elle est carrément outrancière. c'est d'ailleurs sans doute pour cela que les mythologies sont en général totalement absurdes. L'absurde marque la différence entre le profane rationnel et le sacré méthaphorique et donc imaginaire : c'est une hérésie de vouloir assimiler le rationnel dans le sacré.

 Ce que je veux souligner ici, c'est que quel que soit la philosophie d'un ciment communautaire consacré, il ne faut jamais perdre de vue que sa fonction première est de faire ciment, pas de s'auto justifier comme étant valable et cohérent intrinsèquement.

 Donc toute idéologie sacrale se contredira facilement totalement pour garder cette fonction première de ciment communautaire. Il faut constamment garder cette idée à l'esprit, pour comprendre et anticiper les dérives.

Ceci dit, personnellement, je tends à renvoyer chacune de ces philosophies transcendantales à leurs cotés humanistes... Parce que fondamentalement, mieux vaut les tirer du "bon coté" en agissant sur leurs propres ressorts internes, que sont leurs valeurs de respect de l'humain en chacune d'elle... Mais sans s'illusioner sur ce qu'il en est de ces valeurs prétextes et de leur trahisons potentielles. Car ces "religions" se doivent au moins de sauver les apparences quand au respect supposé de leurs précepts en interne.

V perdu ? la carte aux trésors :. . . . . . . . . . . . . . . . . . . Râmen.

carte4



.