Nous avons vu dans notre article "La sociologie adoube le Pastafarisme (2)" que Durkhein avait démontré que tout lien social fondant une communauté se basait sur la sacralisation de ses valeurs (athées compris). Le sport, la politique, la culture, sont en sorte des religions qui s'ignorent.

Préambule (extrait de l'article sus noté) :

  • Le-dit Durkheim a démontré qu'aucune communauté humaine ne pouvait échapper au Sacré, car c'est le sacré qui fonde les sociétés et rend possible leur cohésion.
  • Sauf que ce sacré ne recouvre pas nécessairement ce qu'il est habituellement convenu d'appeler "religion" dans la culture judéo-chrétienne : Ainsi les cultes patriotiques, politiques, culturels sont pour lui de véritables religions en terme de nature intrinsèque, car fonctionnant de façon totalement similaire à ces-dites religions officiellement adoubées.*
  • Ainsi pour ne prendre que l'athéisme comme contre exemple emblématique à priori, l'athéisme est en fait une religion (en termes sociologiques donc effectifs, rationnellement parlant) qui a pour culte et totem "la raison".
  • Il est donc impossible à l'humain, en tant qu'être social, de n'émarger à aucune religion.
  • Le parti pris du Pastafarisme dans ce déterminisme incontournable est donc de former un culte religieux de la dérision de la religion, ce qui est en soit une religion, mais qui prend néanmoins le contre pied de ce déterminisme incontournable "en le prenant à son propre piège" pour ainsi dire.
  • Il appère donc que même si le Pastafarisme n'était au départ qu'une boutade pour fustiger certaines absurdités religieuses, ce n'est tant intrinsèquement une critique satirique des religions reconnues comme telles, qu'un mouvement d'émancipation face à un déterminisme social à priori incontournable.
  • Le père noël est du même ordre d'idée, sauf qu'aucune théologie interne n'en précise l'objet, alors que le Pastafarisme propose dans son concept du "dogme premier du rejet du dogme" une nouvelle façon d'aborder l'incontournable investissement religieux social en lui faisant un pied de nez magistral.
  • Ce n'est donc tant une nouvelle religion qu'un bouleversement sociologique de toute première importance, en ce sens qu'il propose un nouveau type de ciment social en court-circuitant les propriétés intangibles de la nature même du concept de ciment (on se la pète !).

* Nota bene : Cette conception scientifique de la religion a un mal fou à passer dans les moeurs.

  1. Les religions officiellement adoubées n'ont évidemment aucune envie qu'il soit établit que leur nature est exactement du même ordre que les cultes aux beatles, aux Harley Davidson, Staline et rationnalisme.
  2. Des mouvements laïcs, à l'opposé, ne se voient pas d'un meilleur oeil assimilés à une religion : le rationnalisme scientifique, l'athéisme, le laïcisme, wikipédia**.

D'où un consensus culturel assez généralisé pour réserver le terme de religion aux seules religions reconnues comme telles auparavant et éviter que d'autres communautés sociales soient ainsi dénommée, quitte à démentir toutes les données scientifiques accumulées sur la question, bien que la sociologie des religions étende chaque jour encore le concept religieux à des valeurs à priori laïques . *** C'est un peu comme si on disait qu'un astre d'un autre système planétaire n'en était pas son soleil (il n'y a qu'un soleil mais l'analogie est parfaitement correcte) parce que cela porrait indisposer les adorateurs du dieu Râ (et les adorateurs du dieu Epsilon d'une planète gravitant autour de ladite Epsilon).

*** D'où la difficulté du Pastafarisme à se faire reconnaître comme religion (parce que sa déité aurait été conçue d'emblée comme n'existant pas à priori dans l'idée de ses adeptes), alors que la question ne se pose pas là scientifiquement (donc en réalité), mais dans le fait de savoir si ses propres valeurs font totem social pour sa communauté.

** Pour wikipédia reconnaitre que le pastafarisme est une religion revient carrément à admettre qu'il est lui-même une religion !

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De même la lecture préalable de l'article "Du sérieux sous les Pâtes (2)"  vous sera d'un grand secours ici.

Le social

camp_pirateTout lien social se base donc sur le sacré (voir 1), ou tout un chacun est enjoint à croire aux valeurs sacrées du totem (parfois fort profanes aussi) de la communauté à laquelle il souscrit : Démocratie, République, Parti politique, croyance en la Science, la Nature, Foi en l'Humanité (ou pas d'ailleurs), équipe sportive portant ses couleurs, vedette de la chanson ou du cinéma portant ses valeurs (ne serait-ce qu'une certaine conception de la féminité comme Maryline Monroe), etc..

Idéologiquement le social s'aligne sur ces valeurs sacrées plus profondément qu'il n'en a l'air. L'idée d'un Dieu mâle maître de nos destinées, induit le patriarcat, avec son corollaire politique où le patron et le chef d'état sont déifiés (même les femmes y ont leur place si elles sont "couillues !).

Idéologie

weedsL'idée d'un Monstre en Spaghetti Volant assexué (aux Appendices relativement mous) ayant crée le monde un soir de beuverie n'est donc pas neutre : elle démystifie le concept d'ordre supérieur parfait contrairement aux désordres terrestres.

Beaucoup se sont extasiés sur le coup de génie d'Henderson démontrant par la satire la vanité des religions. Mais son concept va beaucoup plus loin idéologiquement (indépendamment de lui), et représente une révolution dans la façon d'investir le sacré, toutes formes de sacré fondant une communauté (y compris en politique ou autre).

Les athées prônent l'abandon du sacré, mais en même temps réinvestissent d'autres valeurs sacrées, la raison, la science, l'humanisme. C'est dire qu'ils restent de vrais croyants paradoxalement.

bbc2La position des agnostiques est plus cohérente, Ils ne savent si Dieu existe et sous quelle forme alors. D'où ils investissent le sacré avec suspicion : "on n'est pas sûr d'investir quelque chose de réel", alors que pour les athées et croyants leur investissement repose sur quelque chose de supposé réel. Leur position les amènent à investir toutes choses sacralisées par le social avec un certain doute, donc recul.

billboard1Le Pastafarisme propose un autre accès au mysticisme : investir le mystique par l'absurde signifie l'investir d'abord, mais en croyant fermement que le totem est faux contrairement aux agnostiques qui espèrent en sa réalité mais en doute.

N.B. : ça n'empêche pas l'agnosticisme par ailleurs : On sait que le totem est faux, ce qui ne voudrait dire qu'il y en ait un vrai tapi dans l'ombre de ce dernier : ni l'athéisme, car il n'y aurait rien dans l'ombre.

L'Evesmisme propose donc un investissement du sacré qui ne se prendrait pas au sérieux, mais un investissement quand même. Beaucoup considéreront qu'il n'y a pas d'investissement, sauf en creux (on croit devoir fustiger les autres croyances absurdes), mais le Monstre est là quand même comme totem et est largement investi comme tel. Voir certains y font leurs dévotions plus ou moins sérieusement sans spectateurs : on citera le cas d'une athée invoquant le Monstre pour démarer sa voiture alors qu'elle ne se savait pas observée.

Guide2FSML'investissement du Monstre est donc bien souvent plus réel qu'on ne le pense soi même. Mais le Pastafarisme propose en cela de le traiter comme un ami imaginaire... Imaginaire et non réel donc. Là où l'agnosticisme propose un investissement tempéré par le doute, le émesvisme propose un investissement dans la certtude du doute (reste l'ombre). Le pastafarien peut s'investir d'autant mieux, qu'il sait que pour le coup il n'y a pas de tromperie : Il sait que son Dieu ne l'abandonnera pas puisqu'il lui a promis en sorte d'être fermement non interventionniste, de par sa non réalité en soi. Le pastafarien peut donc s'adonner à fond à son culte, puisque débarrassé du doute. Comme à Halloween il ne croit pas plus au MSV qu'aux fantômes, mais ça ne l'empêche pas de les célébrer les uns et les autres, pour le "fun". Il fait "comme si", pour mieux parodier les autres superstitions. Il revendique d'autant plus aveuglément des rapports de causalités mystiques qu'il les sait erronnés, là où le croyant ordinaire y va désormais avec prudence, Le pastafari s'en fout et s'enfonce dans une mauvaise foi des plus patentes avec une exaltation des plus réjouissantes. A la limite le pastafarisme réinvente l'enchantement religieux en forte perte de vitesse dans les autres congrégations : "Il n'est pas nécessaire que notre objet de croyance soit réel, il suffit qu'il nous apporte joie et réconfort" En soi, l'espérance y est factice et réelle à la foi, factice dans ses promesses illusoires , mais réelle dans son soutient moral malgré tout (et qui lui peut ainsi avoir un impact sur le réel finalement). C'est notre "bonne étoile" , on y fait semblant d'y croire en sachant pertinemment ce qu'il en est, mais ça suffit pour nous permettre d'avancer dans un même état d'esprit positif.

Ceci est d'ailleurs dans l'air du temps : Les agnostiques tant religieux que sociaux sont légions qui ne croient pas fermement aux dogmes de leurs propres croyances. Le désenchantement va ainsi souvent jusqu'à investir leur parti pris dans la dérision : "j'y crois pas, mais je fais comme si, parce qu'il faut bien croire en quelque chose pour ne pas désespérer". Le sport en tant que grand messe soudant une communauté en est très proche : peu de supporters pensent vraiment que sa région est meilleure que la voisine parce que ses athlètes ont vaincu les leurs, mais on fait comme si parce que ça fait du bien de se plonger dans ce culte athlétique absurde, mais en général tout en recul intellectuel.

FSM4Et là le Monstre Spaghettien Volantisme offre son option :

Croire en une illusion en la sachant illusoire...

C'est une béquille que l'on reconnaît comme telle plutôt que de prétendre que c'est notre colonne vertébrale.

Retour au social

Les conséquences idéologiques dans le fondement communautaire sont révolutionnaires. Là où le croyant et l'agnostique ordinaire ont besoin d'y croire au moins un peu, le pastafarien n'a pas besoin d'y croire au fond, et le paradoxe vient du fait qu'il y croit quand même sans y croire.

totemJ1533Dans les croyances sociales qui fondent ce social, celà reviendrait à investir un totem fédérateur en sachant que celui-ci n'a aucune réalité concrête, seulement celle de fédérer en soi, comme le sport.

Ainsi on croirait au socialisme ou à l'écologie, et en leur dernier candidat comme au Monstre Spaghettien, inconditionnellement mais ironiquement : la foi au projet en serait torale et inconditionnelle, parce que non réelle, remettant à leur place idéologues et mentors du parti. Ce qui ne voudrait dire qu'il y ai quelque chose de réel tapi dans l'ombre de cette déification.

La démarche consisterait a revendiquer le pouvoir en toutes choses pour mieux le désacraliser.

C'est une vision d'apparence nihiliste "Rien n'est vrai", mais peut-être pas tant que ça. Il s'agit plus de rappeler dans le totem que tout dogme est louche en soi, pas de les invalider d'emblée. Les libéraux croiront toujours que l'économie est la clé de tout, comme les humanistes de croire que le social est le mètre étalon, ou la nature pour les écolos, mais un totem absurde pourrait les ramener parfois à la vanité des dogmes de leurs "croyances".

Paradoxes

argentina2Il reste néanmoins quelques croyances en de supposées réalité dans le FSM : "la nécessité de combattre les absurdités religieuses", la foi en la raison et "les bonnes choses de la vie", l'anti-dogmatisme ostracisant, etc... (voir 2)

Mais le dogme premier étant le rejet de toute approche dogmatique moutonnière, ce ne sont que des "pensent bêtes", dont à la limite on ferait exprès de ne pas souscrire occasionnellement pour bien nous prouver qu'ils ne sont pas absolus.

Il y a en fait deux niveau de culte : L'absurde pour nous rapeller à la vanité de croire, mais aussi le culte militant sous jaccent, qui lui est bien réel (voir 2). Mais sa réalité se veut en pointillés, ce n'est pas une ligne de vie, mais un passe temps utile à l'occasion, et qui refuse de se prendre trop au sérieux. Une croyance (au militantisme) à la marge : Ce militantisme sacralisateur de ses propres valeurs s'interdit de les sacraliser jusqu'au bout, parce que précisément ce militantisme combat le militantisme coercitif adverse et se refuse à le suivre sur le terrain de l'ostracisme.

Si dans le militantisme religieux ordinaire, le but final reste la conversion de la société à ses valeurs sacrées, leburningman3 Pastafarisme est plutôt dans une posture défensive en face : il se défend sur deux fronts, l'agressivité des autres croyances, et de l'agressivité potentielle de ses propres croyances sur les autres et sur lui même avant tout . En sorte, chercher à imposer ses valeurs (forcément sacralisées à minima, sinon ce ne sont plus des valeurs) ce serait abonder dans ce que l'on combat, ceci tant à soi-même qu'aux autres.

Comment expliquer ce paradoxe : Si tant est que toute communauté se fonde sur des croyances en des valeurs sacrées (parfois parfaitement profanes d'ailleurs), Le Pastafarisme propose de sacraliser la désacralisation de tout investissement mystique religieux ou profane, et donc la désacralisation de sa propre démarche en elle même.

Non mais, vous croyiez donc que c'était si simple de devenir pastafarien, et Maître Pasta en s'affranchissant des stades initiatiques de la pastôlogie... Que Nenni... Bon ! où est passée ma chopine...

V perdu ? la carte aux trésors :. . . . . . . . . . . . . . . . . . . Râmen.

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