Suite de l'article précédant initiant ce que sont des visions scientifiques du monde notamment dans l'avênement des sciences Humaines, les grandes étapes, et ses coups de génie.

Émile Durkheim

Je vous préviens tout de suite : je suis un fan absolu... L'adoration envers l'infinie sagacité de Durkheim est d'ordre religieux : ça ne se raisonne pas.

C'est le plus grand, le plus génial, le plus absolu, abouti... le plus tout... Que dire encore ? Mon Monstre ! un adjectif vite !... Bon, IL n'en a pas encore inventé un qui soit à sa hauteur... et IL a encore la gueule de bois ce matin, c'est pas pour aujourd'hui... (c'était Juste pour illustrer que la déification peut être une affaire laïque aussi)

Préambule et résumé :

  • Le-dit Durkheim a démontré qu'aucune communauté humaine ne pouvait échapper au Sacré, car c'est le sacré qui fonde les sociétés et rend possible leur cohésion.
  • Sauf que ce sacré ne recouvre pas nécessairement ce qu'il est habituellement convenu d'appeler "religion" dans la culture judéo-chrétienne : Ainsi les cultes patriotiques, politiques, culturels sont pour lui de véritables religions en terme de nature intrinsèque, car fonctionnant de façon totalement similaire à ces-dites religions officiellement adoubées.*
  • Ainsi pour ne prendre que l'athéisme comme contre exemple emblématique à priori, l'athéisme est en fait une religion (en termes sociologiques donc effectifs, rationnellement parlant) qui a pour culte et totem "la raison".
  • Il est donc impossible à l'humain, en tant qu'être social, de n'émarger à aucune religion.
  • Le parti pris du Pastafarisme dans ce déterminisme incontournable est donc de former un culte religieux de la dérision de la religion, ce qui est en soit une religion, mais qui prend néanmoins le contre pied de ce déterminisme incontournable "en le prenant à son propre piège" pour ainsi dire.
  • Il appère donc que même si le Pastafarisme n'était au départ qu'une boutade pour fustiger certaines absurdités religieuses, ce n'est tant intrinsèquement une critique satirique des religions reconnues comme telles, qu'un mouvement d'émancipation face à un déterminisme social à priori incontournable.
  • Le père noël est du même ordre d'idée, sauf qu'aucune théologie interne n'en précise l'objet, alors que le Pastafarisme propose dans son concept du "dogme premier du rejet du dogme" une nouvelle façon d'aborder l'incontournable investissement religieux social en lui faisant un pied de nez magistral.
  • Ce n'est donc tant une nouvelle religion qu'un bouleversement sociologique de toute première importance, en ce sens qu'il propose un nouveau type de ciment social en court-circuitant les propriétés intangibles de la nature même du concept de ciment (on se la pète !).

* Nota bene : Cette conception scientifique de la religion a un mal fou à passer dans les moeurs.

  1. Les religions officiellement adoubées n'ont évidemment aucune envie qu'il soit établit que leur nature est exactement du même ordre que les cultes aux beatles, aux Harley Davidson, Staline et rationnalisme.
  2. Des mouvements laïcs, à l'opposé, ne se voient pas d'un meilleur oeil assimilés à une religion : le rationnalisme scientifique, l'athéisme, le laïcisme, wikipédia**.

D'où un consensus culturel assez généralisé pour réserver le terme de religion aux seules religions reconnues comme telles auparavant et éviter que d'autres communautés sociales soient ainsi dénommée, quitte à démentir toutes les données scientifiques accumulées sur la question, bien que la sociologie des religions étende chaque jour encore le concept religieux à des valeurs à priori laïques . *** C'est un peu comme si on disait qu'un astre d'un autre système planétaire n'en était pas son soleil (il n'y a qu'un soleil mais l'analogie est parfaitement correcte) parce que cela porrait indisposer les adorateurs du dieu Râ (et les adorateurs du dieu Epsilon d'une planète gravitant autour de ladite Epsilon).

*** D'où la difficulté du Pastafarisme à se faire reconnaître comme religion (parce que sa déité aurait été conçue d'emblée comme n'existant pas à priori dans l'idée de ses adeptes), alors que la question ne se pose pas là scientifiquement (donc en réalité), mais dans le fait de savoir si ses propres valeurs font totem social pour sa communauté.

** Pour wikipédia reconnaitre que le pastafarisme est une religion revient carrément à admettre qu'il est lui-même une religion !


 Démonstration :

Durkheim est l'inventeur de la sociologie fin 19 ème, un détail. Comme les autres il a d'emblée réussi un coup de génie. Mais là où les autres ont révolutionné la pensée humaine dans leur domaine. Lui l'a fait éclaté carrément. C'est bien simple, ses définitions éclairent les domaines des autres, là où ces derniers auraient de la "penne " à éclairer le sien tous ensemble réunis. Rien à voir : De la bibine éventé à coté (et Monstre sait...).

Alors ne commencez pas par ses définitions de la sociologie. Intéressant mais rébarbatif au fond (génial ne veut pas dire parfait: C'est pas un Monstre quand même). Allez tout de suite à l'essentiel : son livre phare " Les formes élémentaires de la vie religieuse " (1912) (un résumé >ICI<), c'est vieux mais ça n'a pas pris une ride. On a affiné, copié-collé, tenté de faire du neuf, du relooking, du décalé, mais non... il n'y a pas mieux depuis, c'est LA référence absolue. Ça se lit comme du petit lait, et dès les premiers chapitres vous avez tout compris avant d'avoir lu la fin...

Alors vous vous dites : On va parler religion donc, que nenni ! oui aussi, mais pour analyser tout le social comme une grande messe permanente, où la ferveur des communautés cherche constamment à s'inventer des croyances communes pour satisfaire leurs instincts grégaires pour se sentir solidaires. Qui autour de leur équipe de sport totem, qui dans les valeurs sacrées de la nation, qui dans le valeurs non moins sacrées de leur syndicat où parti politique, les valeurs du service public, le club des "2 chevaux Citroën", de danse country, et fans d'idoles de la chanson ou du cinéma, etc. etc.

Les média nous rabâchent du Durkheim à longueur d'années avec la grand messe du Mundial de Foot, La grand messe des universités d'été du parti socialiste, la messe du 20h, une vedette idolatrée, une "icône" de la danse, un monstre "sacré" du cinéma, ce ne sont tant des stéréotypes aléatoires, mais bien une culture sociologique passée dans les moeurs sans s'en rendre compte.

Mais comment Durkheim en est-il arrivé là ?

Il a voulu étudier la religion en tant que phénomène social. Plutôt que de s'attaquer à la chrétienté innembrassable dans toute sa complexité, il a choisi de s'interesser aux cultes primitifs. Parce que la communauté y est restreinte et peut s'étudier de façon exhaustive, les relations sociales y sont réduites à leur plus simple expression, et la communauté vit en circuit fermé sans être polluée avec des contacts extérieurs. Bref, le culte peut s'étudier globalement dans ses moindres détails sans que cela n'alourdisse exagérément l'étude.

Le premier constat en est que, à part quelques variations anodines, les cultes se pratiquent partout de façon similaire en Australie, océanie, Amérique pré-colombienne, etc... alors même que ces peuplades n'ont probablement pas eu de contact, même indirectement, depuis des dizaines, voir centaines de milliers d'années (rappel, on est au 19e s.).

Il en déduit donc que le culte répond à une nécessité sociale intrinsèque à l'humain, qui le pousse à investir le sacré toujours sur le même mode, ceci quelque soit son environnement et ses conditions de vie (assez rudimentaires mais très variables entre elles ici).

Les modes opératoires sont les mêmes, un lieu de culte spécifique, la place du "village", ou simplement en un eccart déterminé, un rassemblement de la communauté, des rituels propres à provoquer une sorte d'exaltation des individus, et un totem : objet(s) représentant ce vers quoi se porte le culte (animal, végétal, pluie, soleil, rocher, totem, ancêtres, nature, etc...).

totem_na_pnw_2L'origine de la sacralisation de tel ou tel objet de projection du culte (dit "totem"), n'a généralement pas de signification particulière quand au besoins vitaux de la tribu, et la raison originelle du culte se perd dans la nuit des temps, parfois illustrée d'une courte histoire mythique improbable, voir anodine. Le culte de la pluie peut s'expliquer parfois, mais les peuplades n'ayant aucun problème d'eau, de gibiers, de bêtes féroces, de froid ou d'incendies de forêts, coulant une vie paisible sans difficulté particulière, éprouvent le besoin de "totémiser" pareillement sur n'importe quoi quand même. C'est un besoin social.

Ce qui le renvoie encore une fois à la fonction sociale du culte : Ce qui fait culte c'est d'unir la peuplade dans une même croyance et peu importe la croyance finalement. Pour DurKheim l'expression du sacré n'est donc que l'expression du besoin individuel (et collectif par la juxtaposition des individus) de faire partie d'une communauté. Par les rituels l'individu entre en exaltation qui le fusionne avec la force du collectif (dites "mana"). Exaltation qu'il partage avec d'autres, et les font se sentir en communion, fusion. L'expression du "sacré" n'est donc que la transcendance qui transforme l'individu isolé en une partie d'un tout fusionnel. Plus précisément l'individu fusionne avec le totem, mais rejoint les autres dans cette fusion commune à tous. Les individu ont donc besoin d'un objet de projection externe de leur exaltation pour communier ensemble dans cette exaltation, et former ainsi le groupe. Ce n'est pas tant un besoin du groupe , mais une condition sinequanon à toute formation de groupe en tant que tel. Pas de groupe sans "croyances et rituels sacrés".

Le culte, la sacralisation d'un "totem", n'est donc que le paravent sur lequel se projette l'expression du groupe à vouloir exister en tant que tel.

 On aura reconnu les rituels de la chrétienté, quoi que la ferveur fasse parfois un peu défaut (sauf godspells, évangélistes, baptistes, etc...), dans une société rationnelle et désenchantée de ses mystères l'expression de la ferveur se fait plus intériorisée, mais sans disparaître pour autant. Le "totem" en est le Christ symbolisé par la croix, mais tout objet de culte s'y rapportant peut faire office : livre saint, rameaux d'olivier, cloche de l'église...

Là où Durkheim fait exploser le concept, c'est qu'en tant que fonction sociale, l'idée de "culte" et de "sacré" peut-être attribuée à toute manifestation sociale à priori laïque utilisant les mêmes mises en scènes, et ayant la même fonction sociale , ce qui permet alors de l'assimiler à un phénomène de nature religieuse dans sa forme et sa fonction.

austral_soccer_2Prenons le football, c'est un sport pas une religion à priori. Pourtant les matchs sont l'occasion  pour les communautés de se rencontrer dans un contexte ritualisé propre à favoriser une certaine exaltation. Le totem est l'équipe fétiche, emblématique de la ville, du pays. Et la communauté des supporters se fonde dans la communion portée communément à l'équipe transcendée, portée aux nues, dont les membres sont quasiment idolâtrés. Notons qu'à Marseille, où lors de la coupe du monde 98 , lorsque l'équipe gagne, ce ne sont pas seulement les supporters qui sont transportés de joie et unis dans le sentiment communautaire, mais aussi la ville, ou le pays tout entier, sont "Touchés" par l'ambiance d'après match, parfois des mois, des années après la victoire... et même les "opposants" à la vénération du foot flottent malgré eux sur le petit nuage investi alors  par la société dont il font partie.

Le président Chirac lui même, qui venait de façon convenue lors des premiers matchs, s'efforçant de faire semblant de chanter des hymnes qu'il ne connaissait manifestement pas avec un entrain "convenu", a été visiblement submergé par l'émotion et la ferveur collective lors de la finale. (ça ne l'a pas empêché de chercher à tirer parti politiquement du fait, mais là il fut "aussi" submergé). Notons que l'objet du culte est parfois dérisoire, les joueurs de l'équipe locale viennent du Brésil, d'Argentine ou du Cameroun, et le joueur vedette ira sans doute jouer dans une équipe adverse l'année prochaine. De même que la France ait gagné en 98, ne changeait en rien, à priori, sa position géo-stratégique, ses croyances fondamentales en tant que nation. Ça n'en faisait pas tout à coup un pays meilleur, mais elle se sentait mieux dans une espèce de communion nationale "black blanc beur" disait-on, où même les exclus de la nation se sentaient enfin en faire partie. Notons que si la victoire influe, la défaite aussi moins spectaculairement... maintenant on parle d' "identité nationale" plutôt que de "black blanc beur", et cela ne tient pas tant au politique qui se voulait dans la discrimination positive au départ.

Alors voilà ce qu'est la véritable nature du sacré dans la société !?!  Et cela se retrouve à tous les niveaux. Aussi bien les supporters de foot, une fois dispersés iront communier avec d'autres groupes distinct chacun de leur coté, qui scander des slogants à la grande manifestation syndicale sur les retraites sous la bannière totemique de son syndicat, qui repprendre en choeur les tubes de la dernière idole de la chanson à son concert, qui parler moteur à un rassemblement de motards en pétaradant et parlant bien fort...

On comprend mieux la ferveur populaire soulevée par certains despotes (France 2 dira dans son documentaire "Apocalypse Hitler" : "Nouveau dieu vivant, inventant une nouvelle mystique : celle de la race et de la force brutale), copiés en cela par maints démocrates, les primaires américaines n'ont pas grand chose à envier aux grandes messes du mussolinisme (de ce coté là seulement)... obama_buddhaLes concerts d'Elvis, des Beatles, les messes de la culture hippies Whright, Woodstock, les Stones à Hide Park, la fête de l'Huma, les raves parties et autres... Les manifestations de rue... Sharu Kan (j'orthographie surement mal), un acteur culte de film bollywoodien, de confession musulmane de surcroît, a vu s'ouvrir en Inde un temple dédié entièrement à son propre culte carrément... Il n'y a pas que le Daily Lama ou Jean Paul II qui soit sanctifiés par la ferveur populaire.

France_flag_FsmUn autre totem sociétal : Le drapeau Français incarnant les valeurs "sacrées" de la république, pour qui les français furent appelés maintes fois à sacrifier leur vie en masse quand même. La citoyenneté et le nationalisme comme Valeurs Religieuses d'une nation prétendument laïque, j'aime beaucoup ça comme paradoxe. Si on devait revoir la définition de la citoyenneté sous l'angle sociologique en tant que religion, dans une perspective laïque, il faudrait bannir des établissements publics tous ses totems : Drapeaux tricolores, Mariannes, portraits du Président en exercice ou passés... Etc...

La démocratie elle même est une religion , on a besoin d'avoir foi en elle, et nous sommes régulièrement appelés à participer à ses grands-messes électorales qui se termine dans la ferveur d'un des camp. Notons que du coté croyance la démocratie tend à prendre le pas sur la citoyenneté : l'appartenance à une démocratie en soi, prévaut sur l'appartenance à un pays. Les français ne verraient aucun inconvénient à changer leur constitution en y incorporant des éléments d'autres constitutions démocratiques étrangères jugées plus pertinentes sur tel ou tel point (des USA, d'Allemagne, de Suisse ou d'ailleurs). Bref la valeur sacrée de la démocratie prend le pas sur celle de la nation. Elle demeure mais dans un concept de comparairaison, il faut bien que nos démocraties soient différentes pour pouvoir comparer les meilleures façons de concevoir la démocratie. Un peu comme il est nécessaire d'avoir des équipes de football adverses pour comparer notre propre ferveur en notre communauté, voir évaluer nos tactiques respectives dans la confrontation.

Et ce pêcheur qui prétend que la pêche est "sa religion", capable de disserter dessus des heures avec d'autres "mordus" exaltés de même, il est tout à fait dans le vrai finalement.

Donc en gros : tout ce qui touche à la cohésion sociale relève d'un concept religieux , même si les manifestations sociales en jeu refusent de se concevoir comme telles (le congrès annuel des athées est une grand-messe ainsi !)

Wiki_FSM Un dernier pour la route Wikipédia serait ainsi une religion ayant pour totem : le savoir. Une nombreuse communauté vient s'y ressourcer en matière de savoir collectif, et certains vont jusqu'à prendre ce qui est écrit pour parole d'évangile. Rites et dogmes, rituels initiatiques, apprentissage de signes cablistiques spécifiques, etc... Un détail,  leurs ancêtres français, les encyclopédistes, ont détrôné "la connaissance" religieuse à leur profit. Le savoir religieux adoubant l'intronisation du roi dont le pouvoir était d'essence divine, les encyclopédistes ont en sorte ainsi "sanctifié" l'émergence d'un nouvel ordre politique. (perso, question ferveur et engagement dans le collectif, je préfère les anciens encyclopédistes)

Durkheim et le Pastafarisme

Durkheim lui même n'a jamais rien dit sur le Pastafarisme, mort en 1917, il était visionnaire mais pas à ce point.  Ah si !...Sylvie, qui a fait tourner les tables hier, me dit qu'Émile a des points de vue très intéressants sur la question. Passons, Wiki va encore trouver que c'est du "travail inédit" non correctement sourcé.

Ceci dit il y a des évidences, d'abord une quelconque mouvance sociale soudant une communauté est classable comme procédant d'un modus opérandi religieux au sens sociologique du terme, point : pas besoin de faire une analyse serrée. Ce n'est même pas de l'ordre du "à la limite", c'est de l'ordre de l'évidence même de la définition. A tel point que si on voulait l'exclure de cette définition, ce serait tellement incongru en soi, que ce serait à l'impertinent d'engager un contre-argumentaire serré pour ce faire, et encore on lui souhaite bonne chance dans la déconstruction du travail de Durkheim.

Après on peut dire que théologiquement ça se discute, et que dans le sens commun hérité d'une vision judéo-chrétienne, ce n'est pas recevable. Mais force serait alors de constater que ces deux angles n'ont aucune assise scientifique dans leur définition, donc sont à placer en arrière plan... Pour relativiser le point de vue scientifique dans le contexte culturel ordinaire : "si la sociologie décrit bien ce mouvement comme d'essence religieuse, le sens commun à du mal à le concevoir comme tel" est assez clair en soi. Le tout est de savoir si on définit les choses pour des gens en quête de culture, et/ou pas trop idiots, ou si on définit pour des gamins de onze ans qui risquent de confondre les plans scientifiques et culturels même si on leur met les points sur les "i".

 Donc le pastafarisme est adoubé par la science sociologique : En tant que fondant une communauté par un modus operandi de type religieux, aspirant à se vivre comme telle à travers un "totem" commun, auquel elle se réfère pour se sentir solidaire (ouf). Et l'on ne parle pas du Monstre proprement dit en tant que déité, mais bien d'une communauté sociale se soudant autour d'un totem fédérateur fut-ce-t-il ridicule, n'en déplaise à Wikipédia, et autres pissent froid du savoir de prisunic judéo-chrétien (je parle de la culture ici, mais ni des chrétiens actuels ni des juifs idem) :

Apparté : Ici je suis chez moi cher Wikipédia, et j'applique mes propres règles, alors je n'y serais pas correct avec des gens qui ne l'ont pas été avec moi, chez eux, alors que je m'efforçais de rester correct malgré leur incorrection. La différence c'est que quand je ne suis pas correct ici, j'assume, moi ! Et je ne fais pas semblant de l'être.

Les exégètes objecteront que la croyance au sacré est requise en la question, mais les valeurs sacrées de la laïcité suffisent en soi par exemple... Que la notion de rejet du dogme ne permet pas aux pastafariens d'entrer dans une exaltation mystique propre à ancrer le mouvement dans le religieux (requis par les sociologues), mais allez donc sur le terrain parler du MSV à un pastafarien, et vous verrez immédiatement tout son être exprimer une certaine exaltation décrite par Durkheim (la "Mana").

Question exaltation justement voyons Weber (y a pas que Durkheim dans la vie, y en a d'autres pas mal aussi...)

 Pour Max Weber (1864-1920), la religion répond aux besoins des sociétés. Elle n’est pas par principe irrationnelle, mais le processus de rationalisation que connaissent les sociétés peut à terme, selon Weber conduire à un désenchantement, celui-ci étant « l’élimination de la magie en tant que technique de salut » (par l'exaltation ainsi induite). Selon leurs doctrines, les religions peuvent jouer des rôles divers dans ce processus. Cependant la rationalisation progressive qui conduit à terme au désenchantement peut aussi conduire à un reflux des religions dans le domaine de l’irrationnel. » (satanisme, jedi, spiritisme, etc.)

 La place du Pastafarisme dans ce processus est d'accueillir ce reflux irrationnel du religieux dans un corpus qui n'en est pas dupe, 

Là est un autre coté paradoxal du Pastafarisme : Certains n'y croiraient pas (ça existe figurez vous), mais tout en n'y croyant pas, apparaissent plus exaltés par la pensée de leur déité fantoche (pardon pour le blasphème) que la plupart des croyants des religions classiques en plein désenchantement. Tout nouveau tout beau ? Peut-être.

Mais le ressort serait ailleurs. Comment dire, le pastafarien est l'héritier de ce désenchantement général du religieux. Et ce, pas parce que cela en fait un agnostique ou mécréant ainsi, mais plutôt au contraire par qu'en tant qu'athée ou agnostique, ce désenchantement leur pèse comme à toute la société qui en aurait besoin finalement.

Le pire étant pour eux qu'ils ne croient déjà plus pouvoir se ressourcer dans d'autres cultes, pour lesquels ils sont déjà désenchanté par avance. Même un agnostique hésitera à s'nvestir dans le bouddhisme philosophique qui le tenterait bien, de peur d'un désenchantement annoncé. Par ailleurs, on peut même se poser la question pour certains croyants qui s'accrochent à leur religion : Ce serait ça, ou le désenchantement qu'ils auraient le plus grand mal à assumer.

Heureusement, il y a de bons dérivatifs qui expliquent le taux grandissant d'athées et agnostiques : Les "cultes" politiques, sportifs, culturels, etc. : Quoique les lendemains de défaites électorales, sportives etc , soient durs à assurer encore une foi_.

De ce coté le Pastafarisme est à deux ressorts, d'un coté une croyance en des valeurs réelles (laïcité, rationalisme, etc.), mais sujettent aussi à des lendemains qui déchantent, sait-on jamais ?... Mais paradoxalement, c'est le culte fantoche (encore pardon) qui se révèle le plus porteur d'espoir et de ferveur. 

Certains ont dit et répété que c'était une parodie ; mais si c'en est une, c'est plus dans l'investissement mystique que dans la forme des dogmes. Le Pastafarien est tellement à fond dans la "parodie" qu'il finit par s'y croire. Et ce n'est pas, comment dire, un effet de mantras, de méthode Coué, sectaire ou autre... C'est que dans le fond, c'est un besoin bestial, grégaire, qu'il s'interdisait et retrouve avec grand plaisir. Et ce plaisir, il peut le vivre pleinement parce que, finalement, ce serait pas sérieux : Il joue à faire la bête, mais reste lucide sur sa rationalité, et humanité, par ailleurs.

Un peu comme dans le sport d'ailleurs : Personne ne pense que Lille est une meilleure ville que Bordeaux parce qu'elle l'a battue au football, pourtant c'est le sentiment que ça inspire aux gens, tout en sachant pertinemment que c'est faux. Mais ça n'empêche rien, ça fait du bien, alors on le prend comme ça vient.

Le pastafarien moyen a sans doute une meilleure acuité de cette dichotomie, mais ça ne l'empêche pas d'en jouir, mieux qu'un croyant ordinaire. Ben pourquoi ? Parce que le croyant a toujours un peu honte d'avoir à confesser que tel ou tel partie de ses dogmes ne tiennent pas la route, son enchantement tient sur le fil du rasoir (d'Ockham) en permanence. Du fait il évalue et met en sourdine en permanence des aspects de sa foi qui prêtent à caution, en désenchantant le tout.

Le Pastafarien n'a pas ce problème, il peut clamer haut et fort que sa foi est totale, profonde et absolue, plus il le dit, plus il est pastafarien. D'abord sa déïté existe bel et bien, ses dogmes sont inattaquables, et puis "le Monstre s'en fiche qu'on croie en lui ou pas, IL n'est pas vaniteux, même qu'IL ne changerait rien si personne ne croyait en lui", donc que d'autres cherchent des preuves fallacieuses de son inexistence ne le touche pas... ses adeptes de même.

Surtout ! Que le "MSV qui créa ce monde" ne devienne jamais sérieusement une religion d'état, alors seulement le doute désenchanteur finirait par s'insinuer en lui, comme pour les autres religions.

Ceci dit quand Niko Alm arrive a porter une passoire sur la tête sur son permis, tous les pastafariens sautent de joie comme si on avait marqué un but au Football... Et Durkheim dirait que ça n'a pas un caractère religieux ça ?... Allons, allons...

 V perdu ? la carte aux trésors :. . . . . . . . . . . . . . . . . . . Râmen.

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